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Les semences, à la racine du problème

21 mars 2017

À l’occasion de la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides (SPAP), Noé souhaite lever le voile sur les techniques de production des professionnels de l’agroalimentaire, de la graine à l’assiette. 

Les entreprises semencières sont responsables de l’ensemble du travail de ce que l’on appelle la « sélection » ou encore l’ « amélioration variétale ». De leur travail, dépendent donc les caractéristiques des céréales, fruits et légumes qui vont être cultivées dans nos champs et donc des pratiques agricoles qui leur seront appliquées.

Les semenciers créent de nouvelles variétés, vendues sous forme de graines, toujours plus performantes pour répondre aux besoins des différents acteurs des filières agro-alimentaire, de l’agriculteur au consommateur en passant par les transformateurs et distributeurs : rendement, résistance aux maladies, insectes et sécheresse, calibre, conservation, goût, couleur… sont autant de critères utilisés dans la sélection des nouvelles variétés. Tout cela paraît donc parfaitement optimisé et semble aller dans le sens d’une réduction de l’utilisation des intrants (eau, produits phytosanitaires, fertilisants…). Cependant, les garanties environnementales ne sont pas si évidentes.

Pour rentabiliser la production industrielle de semences, les entreprises s’appuient nécessairement sur un petit nombre de variétés vendues en quantités importantes, entraînant une érosion de la biodiversité cultivée. Deux tiers des pommes produites en France correspondent à quatre variétés très proches génétiquement : la Golden (29 %), la Royal Gala (18,5 %), la Granny (9 %) et la Pink Lady (8,5 %). Cela revient à parler de « consanguinité » et on devine donc que tout ne doit pas tourner bien rond…

Une variété vendue sous forme de semence correspond à une graine cultivée avec des pratiques agricoles particulières et dans un environnement (sol, humidité, température…) particulier. Celui-ci est très contrôlé dans les processus de sélection, par ailleurs élaborés sur des monocultures expérimentales (1 seule variété cultivée dans un même champ). Mais en  plein champ, les conditions environnementales sont très variables et ne correspondent que très rarement aux conditions exactes dans lesquelles les variétés ont été sélectionnées. En conclusion, puisque seulement quelques variétés de semences sont disponibles sur le marché, les agriculteurs qui les achètent doivent recréer artificiellement ces conditions environnementales particulières (humidité et fertilité du sol par exemple) et multiplier les intrants pour obtenir de leurs cultures leurs performances maximales, ce qui peut être un danger pour la biodiversité et la santé (plus de précisions dans le prochain article sur les agriculteurs !).

Mais d’autres producteurs de semences existent et ils s’appuient sur des logiques totalement inverses. C’est le cas du Réseau Semences Paysannes qui encourage de son côté la production en petites quantités d’une grande diversité de variétés sélectionnées « dans et pour leur terroir » tout en répondant aux demandes des consommateurs. Pour maximiser leurs performances, les agriculteurs du réseau sélectionnent par ailleurs leurs variétés en stimulant les processus écologiques liées à la diversité des cultures dans un même champ. Au contraire des monocultures, cette diversité diminue la vulnérabilité des cultures aux insectes ravageurs et des maladies, optimise l’utilisation des nutriments et de l’eau dans le sol et est propice aux pollinisateurs sauvages. Là encore, si vous voulez en savoir plus sur la diversité des cultures, lisez notre prochain article !

Pour Noé, le commerce des semences n’est pas incompatible avec ce mode de sélection plus respectueux de l’environnement et de notre santé. Des variétés spécialement adaptées aux pratiques liées à l’agriculture biologique ont même été créées ! Des projets de recherche réfléchissent également à sélectionner de nouvelles variétés dans des conditions de mélanges, comme par exemple plusieurs variétés de blé dans un même champ. Il s’agit donc de les encourager et de réguler le commerce des semences de manière à favoriser les partenariats entre les semenciers et les agriculteurs dans le sens du développement de variétés locales adaptées à leur milieu.

Mais comment agir dans son assiette ?

Les semenciers industriels développent des semences qui répondent aux contraintes standardisées des filières agro-industrielles et à la demande des consommateurs ! Faites-donc vos choix en fonction de vos goûts, de vos besoins nutritionnels et pratiques, mais aussi en fonction de la période de l’année et du lieu où vous vous situez pour ne pas encourager l’homogénéisation des produits alimentaires partout et toute l’année. Favorisez également les produits transparents sur les pratiques agricoles qui encourageront à développer des variétés performantes dans des modes de cultures faibles en intrants.