Portrait du morio

Le Morio, beauté des forêts

Espèce diurne au vol puissant et aux ailes brunes, habituée aux lisières forestières, c'est bien sûr le Morio ! Ce mois-ci nous vous présentons cette espèce, classée parmi les plus grandes de France. 
Morio (Nymphalis antiopa) sur fleurs de cerisier, Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, M. Rauch
10 mars 2022

Un si beau nom pour un si beau papillon !

Le Morio, aussi appelé « Manteau royal » est une espèce de papillon de la famille des Nymphalidae. Ce nom vernaculaire donné par Etienne-Louis Geoffroy, un entomologiste et pharmacien français, proviendrait du latin « maurus » qui lui-même aurait pour origine le mot de grec ancien « Μαῦρος » (« mavros ») qui signifie« noir », « sombre ». Ce qui serait plutôt logique au vu delà couleur de ses ailes. Son nom latin vient du célèbre naturaliste Carl von Linné qui l’a appelé Nymphalis antiopa en référence à la mythologie grecque. En effet, Antiope était, selon Zeus, la plus jolie fille de Thèbes. Quel honneur pour un si beau papillon !
 
Il s’agit de l’une des plus grandes espèces françaises voire européennes de cette famille. Il atteint les 60mm d’envergure voire 75mm pour les plus grands spécimens. Il est assez facilement reconnaissable car il y a très peu de variations de couleur : le dessus est brun pourpre voire noir accompagné par une série de taches bleues ainsi qu’une bordure marginale extérieure jaune clair. Celle-ci devient blanche après l’hibernation. Le dessous des ailes est assez similaire à la face extérieure, les taches bleues en moins. Il n’existe pas de dimorphisme sexuel entre le mâle et la femelle Morio. 



Un papillon à la grande longévité 

En été, il fuit les fortes chaleurs en se réfugiant dans les zones plus ou moins ombragées comme des surplombs rocheux, des sous-bois ou dessouches d’arbres tombés. Il y restera alors caché jusqu’au début de l’automne. En octobre, il va progressivement se réactiver et reconstituer ses réserves graisseuses avant de se mettre en quête d’un abri pour hiverner dans des arbres creux, des tas de bois, des cavités rocheuses ou des vieilles bâtisses. Car en effet, le Morio est un des rares papillons diurnes à hiverner à l’état adulte. Ce qui explique sa durée de vie de 9 à 10 mois, ce qui est plutôt long chez les Lépidoptères. Il refait surface fin février/début mars pour reprendre des forces et partir à la recherche d’un ou d’une partenaire. Après l’accouplement, les femelles pondent fin avril début mai sur des rameaux de saules, bouleaux mais aussi trembles, peupliers ou ormes. Les chenilles, noires avec une série de taches rouge orangé et parcourues de piquants, éclosent début juillet. Au fur et à mesure de leur croissance qui passera par 5 stades différents, les chenilles se développeront en communauté dans un nid de soie. A la fin du 5èmestade, ce n’est pas moins d’une centaine de chenilles qui quittent leur arbre hôte et partent à la recherche d’un site de nymphose, si possible proche du sol. Enfin, après 10 à 22 jours, la chrysalide libère progressivement un nouveau papillon. 

UnE espèce de plus en plus rare... 

C’est curieusement au sortir de l’hiver que le Morio s’observe le plus facilement. Il est en effet très attiré par les chatons de saules qui sont alors très peu feuillus voire dénudés, ce qui facilite l’observation.
Il est assez largement présent sur les continents européen, asiatique et nord-américain. Il se rencontre principalement en lisière de forêt et dans les zones humides où se trouvent des saules et bouleaux, ses arbres hôtes, mais aussi dans les parcs et jardins. Car le Morio ne raffole pas des fleurs, il préfère la sève des arbres blessés, les fruits très mûrs ou fermentés ou les sécrétions mielleuses des pucerons.
Auparavant très abondant, ses effectifs se sont considérablement amenuisés et le Morio est devenu petit à petit, une espère rare dans certaines régions, jusqu’à être classée « En Danger » sur la Liste Rouge des Rhopalocères de France dans les régions d’Ile-de-France et d’Auvergne Rhône-Alpes et « Vulnérable » en Alsace et Pays de la Loire. 


Comment l'aider à reconquérir nos jardins ? 

Dans votre jardin, préservez les fourrés des saules et bouleaux. Evitez également le gyrobroyage des haies et des fourrés de fin mars à juillet car des œufs pourraient s’y trouver. Le Morio est une espèce particulièrement fragile qui ne tolère pas beaucoup les pesticides et autres intrants chimiques. Enfin, si vous en voyez dans votre jardin, armez vous de votre smartphone et prenez-le en photo ! Vos données permettront peut-être de venir confirmer la présence du Morio dans votre commune ou votre département. Car, selon l’INPN, il n’a pas été inventorié de façon certaine dans une trentaine de départements. 


Sources
  • Le Morio ou Manteau Royal (Nymphalis antiopa) !, https://www.insectes-net.fr/morio/morio2.htm
  •  Papillon Morio (Nymphalis antiopa), https://www.fontainebleau-blog.com/insectes/morio-nymphalis-antiopa/ 
  • Zoonymie (origine du nom) du papillon le Morio (Nymphalis antiopa), https://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-du-papillon-le-morio-nymphalis-antiopa-124421721.html 
  • Nymphalis antiopa (Linnée, 1758) - Le Morio, http://www.foretdorleans.com/papillons/nymphalis-antiopa-linne-1758-le-morio/ 
  • Portrait du Morio, INPN, https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/53733/tab/carte 
  •  T. Lafranchis, D. Jutzeler, J-Y, Guillosson, P. Kan, B. Kan. La vie des papillons, Ecologie, Biologie et Comportement des Rhopalocères de France 
Dernières actualités