Le problème du plastique
Garder ses semis
au chaud est nécessaire pour assurer le bon développement des légumes. Le froid
et l’humidité sont deux dangers auxquels il est possible de faire face en
équipant son jardin d’équipements permettant de contrer ces aléas. Les plus
connus sont les serres, les bâches ou encore les voiles d’hivernage, que l’on
retrouve dans la majorité des magasins de jardinage. Ces équipements posent
pourtant un problème de taille : leur matière. La plupart de ces derniers
sont en effet construit à partir de plastique, matière polymère
fabriquée à partir de pétrole et de produits chimiques qui se dégradent
lentement et dont une infime partie, les micro- et nanoparticules, ne semble
pas disparaitre. Ces plastiques sont responsables d’une importante pollution de
la terre et des eaux, mais également de l’atmosphère puisque leur production
est extrêmement polluante. Dans le jardin, le plastique peut cependant s’avérer
être un atout, notamment en raison de sa légèreté, de sa flexibilité, de sa
robustesse et de son faible coût. Leur présence va cependant contribuer à la
présence de microplastiques
dans les sols, et l’utilisation de plastiques recyclés ou biodégradables n’est
pas une mesure suffisante : moins résistant, ces derniers se dégradent
plus rapidement et libère donc plus de microparticules.
Pour garder vos
semis au chaud, nous aimerions vous recommander d’autres manières de faire, d’adopter
des pratiques et des équipements qui permettront autant d’assurer la survie de
vos semis en cas de froid et d’humidité, que de favoriser la biodiversité des
jardins et d’éviter de contribuer à la pollution des sols.
Préférer la pierre au plastique
Une première
solution pour assurer un apport de chaleur pour vos semis est d’installer un muret
en pierre, et de l’exposer plein sud. Les pierres sont un matériau capable
d’emmagasiner de la chaleur et de la restituer. Lorsque les rayons du soleil
frapperont le muret, les pierres garderont la chaleur et la restitueront
lorsque la température descendra, notamment la nuit. Ces murets ont comme
bénéfice supplémentaire d’être des abris pour de nombreuses espèces animales et
végétales, qui peuvent se dissimuler dans les anfractuosités. Les insectes,
arachnides et mollusques terrestres peuvent s’y réfugier pour se protéger des
prédateurs, s’y abriter pour hiverner ou même y pondre. Ces mêmes espèces
profiteront à la pollinisation du jardin et à la décomposition
des matières organiques de surface, assurant un apport en minéraux suffisant
pour favoriser la croissance des plantations. Des espèces plus imposantes, tels
que des petits mammifères ou des oiseaux, voire des reptiles et des batraciens,
pourront également s’y abriter. Leur présence permettra également de réguler la
présence de nuisibles et de participer à l’équilibre écologique du potager.
L’infiltration de l’eau et son contact avec la terre favorisera également
l’installation de végétaux tels que les lichens, les mousses et autres fougères
qui participeront d’autant plus à attirer une biodiversité favorable au jardin
et au potager. Les semis bénéficieront ainsi d’un apport de chaleur et d’une
biodiversité favorisant leur développement. Pour découvrir nos recommandations
pour construire un muret, cliquez ici.
Limiter les effets aggravants : vent, gel, humidité...
Les murets ont
également l’avantage de limiter les effets aggravants du froid saisonnier, à
savoir l’humidité, dont une partie pourra être absorbée par les mousses ou la
salpêtre, ainsi que le vent. Ces avantages sont partagés par les châssis,
qui peuvent largement remplacer les serres, à condition qu’ils ne soient pas
fabriqués avec du plastique. Leur installation est relativement simple. Il
suffit de disposer vos semis dans un cadre en bois, sans fond mais munis d’un
toit ouvrant, qui les protègera du froid et du vent. Tout comme pour les murets
en pierre, le cadre en bois permettra d’emmagasiner la chaleur nécessaire au
développement des semis et préviendra du gel. Le plastique, qui habituellement
recouvre le toit pour laisser passer la lumière, pourra être remplacé par du
verre. Il est cependant nécessaire de rester vigilant à la température à
l’intérieur de l’aménagement, qui peut atteindre facilement les 30-40 degrés
les jours ensoleillés : il faut ainsi ne pas oublier d’aérer en ouvrant le
toit.
Il est également
possible de recourir au paillage,
procédé consistant à recouvrir la surface du sol avec des matériaux non
synthétiques tels que la paille, le foin, des feuilles mortes, du compost ou
des broyats de bois. Il s’agit d’une technique qui permet de se passer des bâches
et toiles tissées, qui sont le plus souvent fabriquée avec du plastique. Cette
couverture végétale, en plus de limiter le refroidissement du sol ainsi que les
gelées, permettra de concourir à la fertilisation de la terre à l’aide du
processus de décomposition des matières organiques. Cette décomposition sera
d’ailleurs bénéfique aux vers de terre, qui pourront se nourrir des déchets
végétaux et participer à l’alimentation du sol en matières organiques. Les
paillis fournissent également un refuge pour les insectes, en particulier
l’hiver, dont la présence permet aussi bien de participer à la pollinisation
qu’à la richesse écologique du jardin.
Conclusion : multiplier les efforts
Ces trois
aménagements, le muret, le châssis, le paillage, peuvent être utilisés
simultanément pour maximaliser leurs effets sur la protection des semis et sur
la biodiversité. Ils ne doivent cependant pas être utilisés avec n’importe quel
légume. Il est nécessaire de rester vigilant à planter et consommer des légumes
en fonction de leur
saison, afin de ne pas contribuer aux émissions de gaz à effet de serre
induits par ces modes de production. La température optimale pour la croissance
des végétaux étant de 18-20°, il est également possible de garder ses semis
dans son habitat, en restant vigilant à suffisamment les exposer à la lumière
du soleil et en s’assurant qu’il n’y fasse pas trop chaud.
Sources
HENSELER Martin,
« Peut-on se passer de plastique en agriculture ? », The
Conversation, 26 février 2024.
Rapport ADEME, Microplastiques
présents dans les produits résiduaires organiques en France métropolitaine,
2024