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© Benoit Millon / Flickr   

Garder ses semis au chaud

L’hiver touche à sa fin mais le froid va encore persister dans de nombreuses régions françaises. Les mois de février et mars marquent pourtant le début de la plantation des semis pour certains légumes, qui peuvent être endommagés par des températures peu favorables.

Le problème du plastique


Garder ses semis au chaud est nécessaire pour assurer le bon développement des légumes. Le froid et l’humidité sont deux dangers auxquels il est possible de faire face en équipant son jardin d’équipements permettant de contrer ces aléas. Les plus connus sont les serres, les bâches ou encore les voiles d’hivernage, que l’on retrouve dans la majorité des magasins de jardinage. Ces équipements posent pourtant un problème de taille : leur matière. La plupart de ces derniers sont en effet construit à partir de plastique, matière polymère fabriquée à partir de pétrole et de produits chimiques qui se dégradent lentement et dont une infime partie, les micro- et nanoparticules, ne semble pas disparaitre. Ces plastiques sont responsables d’une importante pollution de la terre et des eaux, mais également de l’atmosphère puisque leur production est extrêmement polluante. Dans le jardin, le plastique peut cependant s’avérer être un atout, notamment en raison de sa légèreté, de sa flexibilité, de sa robustesse et de son faible coût. Leur présence va cependant contribuer à la présence de microplastiques dans les sols, et l’utilisation de plastiques recyclés ou biodégradables n’est pas une mesure suffisante : moins résistant, ces derniers se dégradent plus rapidement et libère donc plus de microparticules.

Pour garder vos semis au chaud, nous aimerions vous recommander d’autres manières de faire, d’adopter des pratiques et des équipements qui permettront autant d’assurer la survie de vos semis en cas de froid et d’humidité, que de favoriser la biodiversité des jardins et d’éviter de contribuer à la pollution des sols. 

Préférer la pierre au plastique
  

Une première solution pour assurer un apport de chaleur pour vos semis est d’installer un muret en pierre, et de l’exposer plein sud. Les pierres sont un matériau capable d’emmagasiner de la chaleur et de la restituer. Lorsque les rayons du soleil frapperont le muret, les pierres garderont la chaleur et la restitueront lorsque la température descendra, notamment la nuit. Ces murets ont comme bénéfice supplémentaire d’être des abris pour de nombreuses espèces animales et végétales, qui peuvent se dissimuler dans les anfractuosités. Les insectes, arachnides et mollusques terrestres peuvent s’y réfugier pour se protéger des prédateurs, s’y abriter pour hiverner ou même y pondre. Ces mêmes espèces profiteront à la pollinisation du jardin et à la décomposition des matières organiques de surface, assurant un apport en minéraux suffisant pour favoriser la croissance des plantations. Des espèces plus imposantes, tels que des petits mammifères ou des oiseaux, voire des reptiles et des batraciens, pourront également s’y abriter. Leur présence permettra également de réguler la présence de nuisibles et de participer à l’équilibre écologique du potager. L’infiltration de l’eau et son contact avec la terre favorisera également l’installation de végétaux tels que les lichens, les mousses et autres fougères qui participeront d’autant plus à attirer une biodiversité favorable au jardin et au potager. Les semis bénéficieront ainsi d’un apport de chaleur et d’une biodiversité favorisant leur développement. Pour découvrir nos recommandations pour construire un muret, cliquez ici.

Limiter les effets aggravants : vent, gel, humidité...

Les murets ont également l’avantage de limiter les effets aggravants du froid saisonnier, à savoir l’humidité, dont une partie pourra être absorbée par les mousses ou la salpêtre, ainsi que le vent. Ces avantages sont partagés par les châssis, qui peuvent largement remplacer les serres, à condition qu’ils ne soient pas fabriqués avec du plastique. Leur installation est relativement simple. Il suffit de disposer vos semis dans un cadre en bois, sans fond mais munis d’un toit ouvrant, qui les protègera du froid et du vent. Tout comme pour les murets en pierre, le cadre en bois permettra d’emmagasiner la chaleur nécessaire au développement des semis et préviendra du gel. Le plastique, qui habituellement recouvre le toit pour laisser passer la lumière, pourra être remplacé par du verre. Il est cependant nécessaire de rester vigilant à la température à l’intérieur de l’aménagement, qui peut atteindre facilement les 30-40 degrés les jours ensoleillés : il faut ainsi ne pas oublier d’aérer en ouvrant le toit. 

Il est également possible de recourir au paillage, procédé consistant à recouvrir la surface du sol avec des matériaux non synthétiques tels que la paille, le foin, des feuilles mortes, du compost ou des broyats de bois. Il s’agit d’une technique qui permet de se passer des bâches et toiles tissées, qui sont le plus souvent fabriquée avec du plastique. Cette couverture végétale, en plus de limiter le refroidissement du sol ainsi que les gelées, permettra de concourir à la fertilisation de la terre à l’aide du processus de décomposition des matières organiques. Cette décomposition sera d’ailleurs bénéfique aux vers de terre, qui pourront se nourrir des déchets végétaux et participer à l’alimentation du sol en matières organiques. Les paillis fournissent également un refuge pour les insectes, en particulier l’hiver, dont la présence permet aussi bien de participer à la pollinisation qu’à la richesse écologique du jardin. 

Conclusion : multiplier les efforts

Ces trois aménagements, le muret, le châssis, le paillage, peuvent être utilisés simultanément pour maximaliser leurs effets sur la protection des semis et sur la biodiversité. Ils ne doivent cependant pas être utilisés avec n’importe quel légume. Il est nécessaire de rester vigilant à planter et consommer des légumes en fonction de leur saison, afin de ne pas contribuer aux émissions de gaz à effet de serre induits par ces modes de production. La température optimale pour la croissance des végétaux étant de 18-20°, il est également possible de garder ses semis dans son habitat, en restant vigilant à suffisamment les exposer à la lumière du soleil et en s’assurant qu’il n’y fasse pas trop chaud.  


Sources 

HENSELER Martin, « Peut-on se passer de plastique en agriculture ? », The Conversation, 26 février 2024.

Rapport ADEME, Microplastiques présents dans les produits résiduaires organiques en France métropolitaine, 2024