Les sols français massivement contaminés par la pollution aux microplastiques
Dans un rapport publié en fin d’année 2024, l’ADEME a mesuré la concentration de microplastiques dans les sols français. Une première alarmante.
76% des sols seraient contaminés
© Svetlozar Hristov / iStock
Dans un rapport publié en fin d’année 2024, l’ADEME a mesuré la concentration de microplastiques dans les sols français. Une première alarmante.
Trois
millions sept cent mille tonnes. 3 700 000 tonnes. 3,7 millions tonnes.
C’est le nombre de déchets plastiques générés chaque année en France. Ce
chiffre s’élève 29,5 millions de tonnes pour l’Europe et 400 millions pour le
monde. En 2022, l’ONG WWF alertait sur la présence de ces plastiques dans les
océans, qui avaient déjà contaminés « du plus petit plancton à la plus
grosse baleine ». On estime que, dans les océans, le plastique se compte à hauteur de 24,4 milliards de particules. Toutes les minutes, 15 tonnes
supplémentaires de particules y sont déversées. Cette concentration du
plastique dans les océans a de quoi inquiéter. Leur seule présence suffit à
tuer directement 100 000 mammifères marins chaque année, 90% des oiseaux de mer
ont des fragments de plastiques dans le système digestif, et les polluants
chimiques dispersés à cause des microplastiques sont absorbés par la faune
maritime sur qui ils agissent comme une neurotoxine perturbant l’ensemble de
l’organisme de ces espèces. Les 24,4 milliards de tonnes de particules
plastiques ont également contaminé les côtes, notamment les dunes où ils
s’amassent et perturbent la qualité des eaux ainsi que les cycles de végétation.
Ce constat a donné lieu à de nombreuses études et prises de position, notamment
de l’État français qui s’est engagé, à travers la loi AGEC de 2020, à supprimer
tous les emballages plastiques à usage unique d’ici 2040.
De nouvelles données s’ajoutent à ce constat. Les résultats du projet MICROSOF, piloté par l’ADEME (Agence de la transition écologique), ont permis de montrer que les espaces continentaux sont également massivement touchés par la pollution aux microplastiques. Quelques précisions s’imposent pour comprendre l’étendue de leur résultat. Les plastiques sont des matières polymères (molécules formées par la répétition d’atomes) auxquelles sont ajoutées des additifs assurant leur plasticité (phtalate), leur résistance aux flammes ou encore aux rayons ultraviolets. Ce sont des produits qui permettent d’adapter le plastique à l’usage qui lui est demandé. En se décomposant, ces matières plastiques s’amenuisent, on parle alors de microplastique lorsque les particules sont inférieures à 5mm, et de nanoplastique lorsqu’elles sont inférieures à 1µm. S’il est estimé que le plastique a besoin d’environ 450 ans pour se décomposer, les nanoparticules semblent avoir la faculté de ne pas disparaitre.
L’ADEME a examiné 33 échantillons. Ils ont été prélevés dans l’ensemble de la France métropolitaine sur des sols dont 21 provenaient de grandes cultures, 4 de prairies, 4 de vignes et vergers, ainsi que 4 issus de forêts. Sur l’ensemble de ces échantillons, 25 ont été testés positifs, dont 17 ont été détectés dans les grandes cultures, 4 dans les prairies, 3 dans les vignes et vergers, et 1 dans les forêts. 76% des sols échantillonnés sont ainsi contaminés au microplastique (< 5mm), dont 70% d'une taille inférieure à 2mm. La majeure partie de ces plastiques sont composés de polyéthylène (PE), matière la plus utilisée pour fabriquer du plastique. Comme pour la pollution des océans, la présence des microplastiques dans les sols implique des problèmes relatifs à la santé de la biodiversité animale et végétale, ainsi qu’à la pollution des sols et des eaux causées par les additifs accompagnant ces particules. Comme le souligne l’Agence de la transition écologique, des études doivent être poursuivies pour comprendre l’étendue des dégâts que peuvent poser ces particules dans les sols et sur la biodiversité.
La question de
la provenance de ces microplastiques se pose. De nombreuses sources peuvent
être prises en considération : les décharges, l’utilisation d’eaux usées,
le ruissellement d’eaux de surface, les engrais ou encore l’utilisation de
paillage plastique n’en sont que des exemples. L’ADEME s’est concentrée sur une
autre source probable de contamination : les produits résiduaires
organiques, utilisés en tant qu’amendements pour assurer la fertilité des
sols agricoles sans avoir recours aux produits de synthèse. Pour mener cette
étude, l’ADEME a collecté 167 échantillons répartis sur 83 produits et 70
sites. L’analyse s’est concentrée sur les composts, les digestats agricoles,
les déchets verts ainsi que les boues des stations d’épurations. Sur l’ensemble
de l’échantillonnage, 166 étaient contaminés aux microplastiques. L’ADEME
estime que cet épandage entraine entre 1 million et 1 milliard de
microplastiques dans les sols, à raison de 60 000 particules par kilo de terre
sèche. Alors que ces produits organiques doivent permettre l’arrêt de
l’utilisation des produits de synthèse dans les pratiques agricoles, les
résultats auxquels l’étude est arrivée montre que de nombreux efforts doivent
encore être fait sur pour ne pas aggraver la situation, notamment sur le tri.
La plus importante source de contamination repérée par l’ADEME est, en effet, les
composts issus du tri automatisé des ordures ménagères.
Une amélioration
des techniques de tri des déchets organiques est recommandée par l’ADEME, mais
elle ne peut se passer de la nécessité d’une diminution drastique de la
consommation et de la production de plastiques, notamment ceux à usage unique.
Il faut le rappeler, la présence des microparticules n’est pas le seul effet
polluant des plastiques. Leur production elle-même est très polluante : elle
nécessite de recourir à du pétrole, énergie fossile dont l’extraction est
énergivore, de le chauffer à haute température et de le distiller pour récolter
le naphta, liquide transparent issu de la distillation et lui-même chauffer à
très haute température et brutalement refroidit. Les émissions de gaz à effet
de serre issues de la production de plastique dans le monde sont estimées à 2,24
giga tonnes de CO2 en 2019 selon un rapport du Lawrence
Berkeley National Laboratory, ce qui équivaut à quatre fois plus que celles du
secteur de l’aviation.
ADEME, « MICROPLASTIQUES : En France sur 33 échantillons, 3/4 des sols analysés contaminés », Communiqué de presse, janvier 2025.
ADEME, Rapport ADEME, Microplastiques présents dans les produits résiduaires organiques en France métropolitaine, 2024.
ADEME, « Plastique : peut-on s'en passer ? » Faits et chiffres, 2022.
MANDART Stéphane, « La pollution aux microplastiques est massivement répandue dans les sols français », Le Monde, Décembre 2024
MENICAGLI Virginia et al.,
« Exposure of coastal dune vegetation to plastic bag leachates: A
neglected impact of plastic litter », Science of The Total Environment,
Volume 683, 15 September 2019, pp. 737-748.
Ministères Aménagement du Territoires Transition énergétique, « Lutte contre la pollution plastique », juillet 2020.
TEKMAN M. B. et al., Impacts of plastic pollution in the oceans on marine species, biodiversity and ecosystems, WWF, Germany, Berlin, 2022.