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Rendre les villes favorables aux pollinisateurs sauvages en s’inspirant des milieux (semi)naturels

30 juillet 2020

L’urbanisation et l’artificialisation des sols représentent une menace importante pour la biodiversité par la perte d’habitats qu’elles génèrent. C’est notamment le cas pour les pollinisateurs sauvages. En effet, une récente synthèse bibliographique de la littérature scientifique existante1 a pu montrer que l’imperméabilisation des sols et les zones fortement urbanisées ont globalement un effet négatif sur ces insectes.

Cependant, en comparaison avec des zones agricoles de grandes cultures, l’étalement urbain peut avoir un effet positif sur les pollinisateurs sauvages, notamment grâce à la diversité des ressources (florales et de nidification) qu’il fournit.

En comparaison avec des milieux dominés par des habitats naturels ou semi-naturels (c’est-à-dire un milieu dont la plupart des processus et la biodiversité sont intacts, bien qu'altérés par l'activité humaine par rapport à l'état naturel), l’urbanisation, peu importe son niveau, a par contre un effet généralement négatif sur les pollinisateurs.

De plus, l’imperméabilisation des sols et l’urbanisation semblent impacter des pollinisateurs différents selon leurs caractéristiques (ou traits). Ainsi, parmi les abeilles, les espèces terricoles (75% des espèces d’abeilles en Europe), solitaires et spécialistes (c’est-à-dire entrant en interaction avec une diversité faible de plantes) sont moins présentes avec l’urbanisation, alors que les espèces cavicoles (c’est-à-dire nichant dans des cavités, incluant par exemple les tiges creuses des hôtels à insectes), sociales et généralistes sont favorisées.

La moitié de la population mondiale vit actuellement dans des villes alors qu’en 1950, seulement 30% de la population mondiale était urbaine. En 2050, il est prédit que 68% de la population mondiale vivra dans les villes, soit 6,8 milliards d’urbains, bien que cette prédiction pour 2050 soit essentiellement portée par l’Asie et l’Afrique. Dans les pays à haut niveau de revenu, 59% de leur population était urbaine en 1950, 81% l’est aujourd’hui et 88% le sera en 20502.

Penser l’urbanisation afin d’en minimiser les impacts présents et futurs sur la biodiversité est donc une priorité. Au sein de cette biodiversité, les pollinisateurs sauvages sont essentiels, notamment pour la pollinisation des plantes sauvages qu’ils effectuent (87,5% des espèces de plantes dans le monde dépendant au moins partiellement des animaux pour assurer leur pollinisation3). Rendre les villes à fort niveau de surface imperméables plus favorables à ces insectes est donc un enjeu de plus en plus important. Les milieux favorables aux pollinisateurs sauvages sont formés notamment par les divers espaces verts présents dans les villes. La gestion de ces espaces verts impacte fortement leurs effets sur les pollinisateurs sauvages, un objectif clef étant de maximiser la surface et la diversité des ressources florales sans pour autant oublier de générer des sites de nidification.

 

Ces espaces étant limités par leur taille, il est d’autant plus indispensable de les gérer favorablement. Des mesures simples permettent d’atteindre les objectifs cités précédemment, comme récemment proposées  par une équipe de chercheurs allemands4 :

  • semi et plantation d’espèces locales et diverses lors de la création de parterres de fleurs,
  • plantation d’arbres à pollinisation entomophile (c’est-à-dire pollinisés par les insectes) et à floraison étalée dans le temps,
  • réduction de la fréquence des interventions de gestion des espaces verts afin de promouvoir des milieux plus proches des milieux (semi)-naturels dans leur fonctionnement (en prenant par exemple comme objectif et référence les prairies maigres de fauche, c’est-à-dire des prairies fleuries sur sols pauvres et avec un rythme de fauche lent)

 

Cette gestion des espaces verts pour les rendre favorables aux pollinisateurs sauvages peut avoir un impact très intéressant sur les insectes tout en étant moins couteuse qu’une gestion classique5. Toutefois, elle nécessite des adaptations afin de prendre en compte le regard/ressenti des citoyens à propos de ces espaces publics qui pourraient donner la sensation d’être laissés à l’abandon6.

 

Nous prônons activement ces pratiques en accompagnant les gestionnaires d’espaces verts engagés dans nos programmes « Prairies de Noé » et « Jardins de Noé » et grâce à notre expertise sur les pollinisateurs sauvages ! Enfin, sensibiliser les citoyens, dont les citadins, à la biodiversité qui se trouve autour de nous tous est l’un des leitmotiv de nos programmes « Observatoires de la Biodiversité » !

 

Une question, une remarque sur les pollinisateurs sauvages ?

Contactez Jérémie Goulnik : jgoulnik@noe.org

 

Références :

  1. Wenzel, A., Grass, I., Belavadi, V. V. & Tscharntke, T. How urbanization is driving pollinator diversity and pollination – A systematic review. Biol. Conserv. 241, 108321 (2020).
  2. United Nations, Department of Economic and Social Affairs & Population Division. World urbanization prospects: the 2018 revision. (2019).
  3. Ollerton, J., Winfree, R. & Tarrant, S. How many flowering plants are pollinated by animals? Oikos 120, 321–326 (2011).
  4. Daniels, B., Jedamski, J., Ottermanns, R. & Ross-Nickoll, M. A “plan bee” for cities: Pollinator diversity and plant-pollinator interactions in urban green spaces. PLOS ONE 15, e0235492 (2020).
  5. Mody, K. et al. Flower power in the city: Replacing roadside shrubs by wildflower meadows increases insect numbers and reduces maintenance costs. PLOS ONE 15, e0234327 (2020).
  6. Bromley, J., McCarthy, B. & Shellswell, C. Managing grassland road verges, A best practice guide. 40 https://www.plantlife.org.uk/uk/our-work/publications/road-verge-management-guide (2019).