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Rapport IPBES "Biodiversité et Pandémies" : un électrochoc nécessaire pour anticiper les crises à venir !

04 novembre 2020

Alors que de nombreux pays adoptent de nouvelles restrictions pour endiguer la circulation de la COVID19, l’IPBES[1] a publié un rapport sur le lien entre pandémie et déclin de la biodiversité, alertant sur une intensification du nombre et de la gravité des pandémies à venir. Noé soutient les recommandations formulées par ce groupe d’experts, et souligne le potentiel de la France à devenir un exemple sur la scène internationale en matière de protection de la biodiversité, si des actions ambitieuses et massives sont entreprises.

Jusqu’à 850 000. C’est le nombre de maladies infectieuses inconnues présentes dans la nature, qui pourraient contaminer les humains, selon ce nouveau rapport, intitulé « Workshop on Biodiversity and Pandemics ». Pour faire face à ce risque, les auteurs appellent à ne pas se tromper de cible : les principaux responsables ne sont pas les animaux porteurs des agents pathogènes, mais bien les activités humaines perturbant les écosystèmes. En premier lieu, l’agriculture intensive et la surexploitation des zones riches en biodiversité, qui intensifient les contacts entre vie sauvage, bétail, agents pathogènes et êtres humains.

 

Pandémie et déclin de la biodiversité : deux facettes d’une seule et même crise

 

Preuve du caractère systémique de la crise que nous traversons, ce sont également ces pressions humaines qui reviennent en tête des principales causes du dérèglement climatique et du déclin de la biodiversité. Réduire ces multiples pressions et restaurer la biodiversité permet ainsi de protéger la santé humaine des maladies infectieuses présentes dans la nature, rétablir les écosystèmes pour pérenniser tous les services qu’ils nous rendent mais également réguler les changements du climat.

Les 22 experts mobilisés pour la rédaction de ce rapport appellent ainsi à un nécessaire changement de la façon de gérer ces crises, pour passer de la réaction à la prévention. Par ailleurs, le rapport souligne également le coût humain et financier que représente une gestion de crise a posteriori : Aux Etats Unis, ce sont près de 16 trillions (milliards de milliards) qui pourraient être dépensés d’ici le 4ème trimestre 2021 pour financer la recherche de vaccin, les soins et amortir le choc économique. La prévention de la propagation des pandémies présenterait ainsi un avantage économique selon l’IPBES, permettant des dépenses jusqu’à 100 fois moins élevées qu’elles ne le sont actuellement.

Une réaction politique ambitieuse et concrète en attente

Dès la sortie de ce rapport, la Ministre de l’écologie Barbara Pompili ainsi que l’ambassadeur à l’environnement Yann Werhling réagissaient à sa publication s’engageant notamment à inclure ces recommandations dans les discussions de la Convention sur la Diversité Biologique (ou COP15) qui doit se tenir à Kunming en Chine en 2021. Cette convention doit réunir les 168 chefs d’Etats signataires de la Convention, en vue d’établir un plan d’action et des objectifs pour sauver la biodiversité d’ici à 2030.

Si nous reconnaissons l’importance d’une coordination à l’échelle internationale pour sauver la biodiversité est nécessaire, nous tenons cependant à souligner deux points :

  • Il est nécessaire que les discussions qui se tiendront lors de cette COP15 débouchent sur l’adoption d’un plan d’actions concret, ambitieux et mesurable. Récemment, l’ONU rendait le bilan des Objectifs d’Aichi, fixés pour la période 2011-2020 par la même convention pour diminuer l’impact des activités humaines su la nature. Aucun de ces objectifs n’a été respectés, par aucun des pays signataires de la Convention[2]. L’heure n’est plus aux déclarations de principes, mais à l’action concrète et globale pour restaurer les écosystèmes et réduire nos pressions. Par ailleurs, le plan adopté devra comporter une dimension contraignante, sans quoi nous courons le risque de voir émerger un nouveau plan trop ambitieux dont aucun des objectifs ne sera atteint.

 

  • Si la pandémie en cours met en exergue la nécessaire conservation des forêts et de leur diversité, de nombreux autres services que nous rend la nature tiennent à la biodiversité ordinaire, que l’on peut restaurer au niveau national. La France n’est pas contrainte d’attendre un engagement de la communauté internationale pour prendre ses propres responsabilités et amorcer des actions de restauration de grande ampleur. En effet, il ne tient qu’à la volonté politique française de montrer l’exemple en matière de conservation de tous ses milieux métropolitains comme ultramarins.

 

« Cette pandémie doit agir comme un électrochoc pour l’avenir, et nous devons en tirer les conséquences immédiatement. Il n’est pas encore trop tard pour enrayer le déclin de la biodiversité. Pour autant, penser que l’on peut continuer à produire, échanger et consommer comme on le fait relève d’une utopie dangereuse. A l’heure où seules des actions de conservation de grande ampleur peuvent avoir un impact concret sur l’état de la biodiversité, il est essentiel d’accroitre la convergence des actions menées par les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens pour sauver le vivant et préserver les services qu’il nous rend ».

Souligne Marika Dumeunier, Directrice du Pôle National chez Noé.

Nos recommandations

Nous appelons ainsi les autorités publiques à élargir les recommandations formulées par l’IPBES dans le cadre de ce rapport :

  • Créer davantage de liens entre experts scientifiques, société civile et décideurs politiques. En vue d’élaborer des plans d’actions mesurables et ambitieux, d’identifier les zones et espèces prioritaires à préserver, il est essentiel que les décisions politiques s’appuient sur les expertises scientifiques ainsi que sur les associations qui œuvrent sur le terrain afin d’adopter les actions les plus pertinentes, tant au niveau national qu’au niveau local.

 

  • Restaurer les milieux naturels « ordinaires », parmi lesquelles prairies fleuries, zones humides, et corridors écologiques pour assurer les services écosystémiques qu’ils nous rendent, en associant une réduction significative des pressions (utilisation de produits phytosanitaires, réduction de la pollution lumineuse, réduction de l’artificialisation des sols) et des actions de restauration : espaces verts laissés au naturel, plantation de zones de fleurs mellifères…

 

  • Préserver les zones de forte biodiversité ultra-marine. Les DROM-COM[3] concentrent près de 80% de la biodiversité française. Pour sauver ce patrimoine naturel, il est indispensable de préserver ce patrimoine naturel, il est indispensable de préserver les espèces et leur diversité, comme nous nous appliquons à le faire avec les Palmiers et Conifères de Nouvelle Calédonie.

 

Nous appelons également les entreprises à se saisir de leur capacité à agir rapidement et massivement pour contribuer aux changements nécessaires demandés par les experts de l’IPBES :  

  • Adopter des méthodes de gestion écologique de tous les espaces verts
  • Renforcer le sourcing de des matières premières utilisées pour identifier les actions prioritaires à entreprendre
  • Adapter les filières de production en faisant du respect de la biodiversité un critère déterminant des cahiers des charges adressés aux producteurs, tout en leur assurant une rémunération viable

 

 

[1] International Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystemic Services

[2] https://www.actu-environnement.com/ae/news/biodiversite-objectifs-aichi-bilan-prospectives-mondiales-diversite-biologique-rapport-gbo-5-36098.php4

[3] Départements et régions d’outre-mer et collectivités d’outre-mer