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Gestion écologique des sites d’entreprises : vers plus d’engagement

27 juillet 2020

Contexte

En juillet 2019, dans le cadre d’une convention avec l’Office Français de la Biodiversité, Noé a interrogé les 65 grandes entreprises françaises investies dans l’initiative Act4Nature du réseau Entreprises pour l’Environnement, sur leurs pratiques de gestion des espaces verts de leurs sites tertiaires.

Ce questionnaire a pour objectif d’identifier les bonnes pratiques déjà mises en place, et de les diffuser afin de démultiplier le nombre d’entreprises engagées dans le « Zéro Phyto ».

Acteur historique de la lutte pour l’interdiction d’utilisation des pesticides en zones non-agricoles, Noé est présent depuis de nombreuses années sur ce sujet et s’est engagé dans le plan Ecophyto 2. L’association, au travers de son programme « Jardins de Noé », accompagne les entreprises et les collectivités dans leur démarche vers une gestion écologique de leurs espaces verts afin d’y préserver la biodiversité.

Le contexte réglementaire sur les pesticides en milieux non-agricoles est en pleine évolution. En effet, une loi, initiée en 2014 par le sénateur écologiste du Morbihan Joël Labbé, vise à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire national. Cette loi interdit aux collectivités d’utiliser ou de faire utiliser des produits phytosanitaires de synthèse pour l’entretien des espaces verts, forêts, promenades et voiries accessibles ou ouverts au public depuis 2017. Au 1er janvier 2019, l'interdiction s'est étendue aux particuliers. Les jardiniers amateurs ne peuvent plus utiliser ni détenir de produits phytosanitaires sauf ceux de biocontrôle, à faibles risques et autorisés en agriculture biologique. Hormis ces derniers, tous les autres produits phytosanitaires de la gamme amateurs sont interdits à la vente.

En juillet 2020, le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire a mis en consultation publique une extension de la Loi Labbé qui vise à interdire l'utilisation des produits phytopharmaceutiques dès le 1er juillet 2022 dans tous les lieux de vie en dehors des terrains de sports de haut niveau.

Retour sur les questionnaires

Les réponses au questionnaire mené par Noé ont permis de faire ressortir différentes problématiques:

  • Sur le plan financier, les entreprises interrogées se disent prêtes à bannir l’utilisation de produits phytosanitaires à condition de trouver des alternatives limitant les coûts additionnels. Si la démarche semble plutôt acceptable lorsqu’il s’agit des sites tertiaires sans contrainte spécifique, la gestion écologique des sites à contraintes semble générer des surcoûts encore trop importants[1].
  • Sur le plan de la mise en œuvre, les entreprises sondées évoquent des freins liés au nombre d’acteurs à mobiliser en interne - équipe RSE/DD, service Achats, mission technique... - générant des difficultés d’impulsion et de coordination des projets de changements de pratiques de gestion.

Néanmoins, les entreprises interrogées mentionnent le rôle impulseur de la réglementation. Bien qu’elles ne soient pas encore concernées par l’interdiction de l’utilisation des produits phytosanitaires sur leurs sites, certaines entreprises pionnières ont en effet décidé d’appliquer les dispositions de la loi Labbé et d’anticiper de futures contraintes.

Concernant les pratiques de gestion adoptées, le questionnaire a permis de montrer qu’elles sont assez variées : gestion des tontes et des tailles, présence de prairies fleuries, mise en place de paillage, systèmes d’arrosage ... Elles semblent différer d’une entreprise à l’autre, parfois également d’un site à l’autre au sein d’une même entreprise. Deux raisons sont évoquées à cela. D’une part, les sites d’entreprise présentent chacun des spécificités et nécessitent une gestion adaptée par le prestataire d’espaces verts. D’autre part, les prestations d’entretiens des espaces verts reposent souvent sur la volonté de chaque responsable de site.

Les réponses au questionnaire ont également fait remonter la récurrence de l’implication et la sensibilisation des collaborateurs. Les entreprises engagées dans une stratégie « biodiversité » mettent souvent en œuvre une stratégie de communication autour de cette thématique : actions mentionnées dans la communication interne, ateliers et conférences, implantations participatives d’abris à faune tels que nichoirs et gîtes à insectes ou encore des ruchers. L’implication et la participation des collaborateurs dans les prises de décisions restent quant à elles encore très ponctuelles (groupe de travail collaboratif, comité biodiversité...).

Deux entreprises à la pointe de l'engagement pour la biodiversité

RTE

À travers son emprise foncière importante, RTE est largement concerné par l’entretien des espaces verts de ses postes électriques et de ses sites tertiaires. En soutien au Plan Ecophyto puis Ecophyto II, l’entreprise met ainsi en œuvre une stratégie volontariste d’élimination progressive du recours aux pesticides de synthèse.

L’année 2018 a marqué un nouveau tournant dans l’engagement de RTE pour la biodiversité par la signature de l’initiative Act4nature. En 2020, RTE confirme cet engagement en rejoignant le dispositif d’engagement volontaire « Entreprises engagées pour la nature – Act4nature France ».  La démarche Zéro Phyto de RTE est appliquée à tous les sites tertiaires depuis fin 2018. Pour les postes électriques, RTE s’est engagé à tendre vers le Zéro Phyto d’ici 2025, avec un point d’étape de 65% des postes convertis en Zéro Phyto en 2022.

RTE définit alors 3 grands engagements en faveur de la biodiversité terrestre :

  • Faire des emprises des lignes électriques de véritables corridors de biodiversité, respectueux de la végétation, des habitats et des espèces ;
  • Faire des espaces verts des sites tertiaires des espaces favorables à la biodiversité ;
  • Favoriser la biodiversité dans les postes électriques en engageant une démarche Zéro Phyto.

La volonté du Groupe est de transformer les espaces verts en milieux accueillant la biodiversité et de rendre les salariés acteurs de cette démarche. L’entreprise s’est d’ailleurs engagée à faire reconnaître 15 sites « Jardins de Noé » d’ici fin 2020.

STORENGY

Storengy décide en 2013  d’abandonner progressivement l’utilisation des produits phytosanitaires sur ses sites industriels. Le site de Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), classé Seveso, est sélectionné pour expérimenter un mode de gestion innovant de gestion écologique de ses espaces verts, avec une gouvernance prenant en compte l’ensemble des acteurs internes et externes, et comprenant un dispositif de suivi scientifique de l’évolution de la biodiversité. En 2014, le site passe de manière définitive en « Zéro Phyto ». Aujourd’hui, il est agréé Refuge LPO.

A ce jour, le domaine foncier de Storengy comprend 14 sites industriels représentant environ 1500 ha, dont deux tiers sont des espaces naturels, forestiers et agricoles. Sur la partie industrielle de ce domaine, Storengy applique depuis début 2018 le Contrat ECO-FM d’« Eco-Facility Management » pour la gestion des espaces verts. Celui-ci a marqué l’abandon total de l’emploi de pesticides de synthèse, sauf exception motivée par des impératifs de sécurité industrielle non récurrents, strictement limitée dans le temps. Pour suivre en temps réel les modes d’entretien de ses espaces verts et les faire évoluer, l’entreprise a développé un modèle dynamique sous SIG.

S’appuyant sur les retours d’expérience de sa politique d’engagement volontaire en faveur de la biodiversité - SNB (2015-2018), act4nature (2018), EEN act4bnature France (2020) - Storengy participe de manière active à la promotion de la gestion écologique des espaces verts au sein du Groupe Engie mais aussi à l’externe, notamment en mettant en avant leur viabilité économique.

Les perspectives

Le renforcement de la législation « Zero Phyto » annoncé par le Ministère de la Transition Écologique et solidaire en février dernier devrait accélérer cette transition vers une gestion écologique des espaces verts des sites d’entreprises. En effet, la gestion écologique ne doit plus à présent être pensée comme une contrainte mais comme une opportunité. Il est donc essentiel de diffuser les solutions pratiques pour favoriser et démultiplier les effets bénéfiques de celles-ci.

Il est aujourd’hui primordial pour les entreprises d’engager une transition à l’échelle nationale afin d’apporter leurs contributions à la restauration et à la préservation des continuités écologiques sur l’ensemble du territoire. Chez Noé, nous souhaitons accompagner cette transition - indispensable à la fois pour la biodiversité et pour la santé humaine - au travers d’outils que nous mettons à disposition sur notre site internet (guide technique, conseils pratiques...) et d’une méthodologie d’accompagnement des entreprises pour déployer une gestion différentiée de leurs espaces verts ambitieuse et fédératrice (adhésion à la démarche « Jardins de Noé », révision de documents contractuels, renforcement des compétences des gestionnaires d’espaces verts, sensibilisation des collaborateurs...).

Découvrir le programme « Jardins de Noé »

[1] EcoLogiCal, calculateur écologique co-créé par Veolia et Noé, est un outil gratuit accessible à tous via internet ; il a pour objectif d'accompagner les gestionnaires d'espaces verts dans leur transition vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Sur la base d’une auto-évaluation basée sur 5 grands thèmes (flore, faune, eau, déchets et éclairage), l’outil permet de comparer les bilans économiques et écologiques entre une gestion différenciée et une gestion traditionnelle, tout en proposant des conseils personnalisés. En savoir plus grâce à l'outil Eco-Logical.