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En matière de biodiversité, à chaque culture ses spécificités

16 juin 2020

Engagé dans un tour de France de la biodiversité, en partenariat avec les adhérents du Club AGATA, notre stagiaire naturaliste Daniel s’est rendu en Alsace les 3 et 4 juin, dans les parcelles du négoce Hauller, fournisseur d'Agromousquetaires, adhérent du club. Avec une spécificité : après deux premiers déplacements "grandes cultures", il s’agissait cette fois de tester et d’adapter les indicateurs du Club AGATA dans des vignobles. Audrey Bardon, technicienne viticole au sein du négoce, confirme que les protocoles ne sont pas tous reproductibles entre une parcelle de blé et une parcelle de vigne.

Adapter les protocoles au vignoble

« Agiter un filet fauchoir au-dessus de la culture, pour attraper et comptabiliser les insectes auxiliaires et ravageurs, est possible sur un champ de céréales, mais moins adapté à une utilisation dans une vigne, explique-t-elle. Il existe néanmoins une alternative, en prospectant les pieds de vigne avec un « aspirateur » à insectes. » Le filet fauchoir nécessite en effet des mouvements amples et suffisamment puissants pour déloger les arthropodes tapis dans la végétation, qui risqueraient d'endommager les grappes. Il est également possible de « faucher » la végétation entre les pieds de vignes mais les rangs sont souvent tondus afin de faciliter le passage des engins... De son côté, Daniel note que les parcelles de vignes sont globalement plus petites, limitant le nombre de points d’écoute, pour les oiseaux, de deux pour une parcelle de grande culture, à un seul. Cette échelle de travail nécessite aussi d'adapter une partie du protocole papillons, habituellement effectué en bord de parcelle, et cette fois pratiqué au sein des parcelles, en parcourant un rang sur deux.

Gare aux biais !

Un autre protocole pose question : celui de « la planche à invertébrés », qui consiste simplement à poser des planches dans la parcelle, et de lister les espèces qui y trouvent refuge, une fois par mois. « Ces planches se retrouvent bien souvent déplacée ou endommagée lors du passage des machines, note Audrey Bardon. De plus, il peut y avoir un biais important dans l'interprétation des résultats : lorsqu'il y a peu d'habitats favorables dans les alentours, les planches jouent alors le rôle de refuge et de ce fait peuvent abriter une quantité d’espèces similaire, voire plus élevée qu'en contexte plus favorable, où les habitats annexes à la parcelle auront tendance à diluer la concentration en individus sous les planches. » Une réflexion intéressante, qui peut potentiellement concerner d’autres matériels d’évaluation de présence d’insectes, et qui alimenteront nos futurs échanges avec nos partenaires scientifiques.

Un tour de France déjà riche d’enseignements

Daniel revient même d’Alsace avec une idée de nouveau protocole ! AGATA n’avait pas retenu d’indicateur concernant la flore, en raison du manque de références en la matière. « En vigne, un protocole d'étude de la flore est nécessaire, car celle-ci rend compte directement de l'effet des pratiques viticoles au sein d'une parcelle, explique pourtant Audrey Bardon. Nous nous sommes donc inspirés du dispositif proposé par Écobordure, proposé par l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), en notant toutes les espèces rencontrées le long d'un transect, c’est-à-dire une ligne d’observation, de 25 mètres au sein d'un rang de vigne par parcelle. » Un protocole que Daniel pourrait s'approprier pour ses futurs déplacements. Challenger et enrichir les indicateurs retenus par le Club AGATA, c’est tout l’intérêt du travail de Daniel. En cela, ses premières sorties s’avèrent d’ores et déjà riches d’enseignements. Son compte rendu sera attentivement écouté lors du prochain groupe de travail avec les adhérents et experts impliqués.

Le stage de Daniel est une phase importante pour progresser sur un des objectifs du Programme « Fermes de Noé », à savoir permettre l’évaluation et la préservation de la biodiversité au sein des différentes filières agroalimentaires pour démontrer de réels impacts sur la biodiversité. Nous reviendrons sur les différentes étapes de son périple, auprès de neuf coopératives et négoces, tout au long du moins de juin.

Une demi-journée avec la Ligue de protection des oiseaux
La visite de Daniel chez Hauller a été organisé pour correspondre à une collaboration avec l’antenne Alsacienne de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Le spécialiste de la LPO, Marc Keller, est venu à la rencontre de trois viticulteurs. Il a présenté l'intérêt de conserver des habitats refuges pour la faune et la flore aux alentours de ses parcelles. Il a pris l'exemple des bandes enherbées et des arbustes autour de sa parcelle qui constituent des habitats riches en biodiversité pouvant permettre à de nombreuses espèces d'arthropodes d'accomplir leur cycle de vie complet, ce qui permet à l'espèce de se pérenniser dans la localité, et d'abriter des oiseaux tel que le bruant zizi, espèce typique des paysages cultivés de la région qui niche au sol dans une végétation dense. Autre sujet abordé : un très vieux poirier d'une variété locale que Frédéric compte greffer sur une autre parcelle afin de préserver le patrimoine de cette variété. Cet arbre, bien que dépérissant, représente un élément important du paysage : ses cavités représentent un habitat intéressant pour la nidification des oiseaux cavicoles (pics, mésanges, chouettes...) et des chauve-souris, qui sont deux groupes d'auxiliaires très efficaces au sein des cultures. De plus, Marc Keller a souligné l'importance de conserver d'autres éléments à première vue peu intéressants mais pouvant accueillir des espèces qui ne se retrouveraient pas ailleurs. Citons un tas de débris végétaux pouvant accueillir des orvets (lézard sans pattes, très bon auxiliaire) et de nombreux arthropodes détritivores, pouvant eux-mêmes servir de source d'alimentation pour d'autres espèces, ou une zone sèche en friche juxtaposant un chemin qui abrite un cortège d'espèces végétales tout à fait différent de celles retrouvées dans les vignes. Un témoignage qui confirme l’intérêt de mesurer ce que les milieux agricoles peuvent proposer en termes d’habitats diversifiés : c’est le sens de certains indicateurs retenus par AGATA, notamment la proportion et la diversité des infrastructures agroécologiques sur une exploitation.