Retour aux actualités

Plan d'action Addax et Dama

24 mai 2017

Le Niger et le Tchad abritent la dernière population sauvage d’addax viable du monde, ainsi que les plus grandes populations de gazelles dama. Ces deux espèces, en danger critique d’extinction, sont un patrimoine commun au Niger et au Tchad, mais aussi un patrimoine mondial. Leur sauvegarde représente un enjeu majeur pour la conservation de la biodiversité et la richesse de la région sahélo-saharienne.

Dés lors, la définition d’une stratégie de conservation régionale commune et concertée est primordiale. Elle vient d’être définie lors d’un atelier, organisé par Noé, qui s’est déroulé à N’djaména au Tchad, réunissant 17 experts, représentant 6 structures des états du Niger et du Tchad.

Un état des lieux des populations

L’addax (Addax nasomaculatus), l’une des antilopes les plus rares au monde, est présent de la Réserve Naturelle Nationale de Termit et Tin-Toumma au Niger jusqu’à la frontière tchadienne et certainement également dans la région de l’Eguey au Tchad. L’estimation précise de la taille totale de cette métapopulation est impossible au regard des dernières observations et des témoignages recueillis par les acteurs du projet. Cependant, sa population estimée à 200 – 250 individus en 2007 a diminué depuis, du fait d’une perturbation liée aux activités pétrolières au Niger et d’un braconnage omniprésent. La gazelle dama (Nanger dama) se trouve, quant elle, dans 6 noyaux de population répartis entre le Niger et le Tchad. Au Niger, on la trouve au sein de la Réserve Naturelle Nationale de l’Aïr Ténéré et au sein du massif de Termit dans la Réserve Naturelle Nationale de Termit et Tin-Toumma qui abrite la plus grande population régionale avec 50 à 70 individus. Au Tchad, la gazelle dama est présente, en faible nombre dans la région du Manga, notamment entre Ati et le lac Fitri. Au nord de la Réserve de Faune de Ouadi-Rimé Ouadi-Achim, quelques individus sont recensés et un noyau important de population se trouve également au centre de la Réserve. Il présente une dynamique de croissance, la seule à l’état sauvage dans la bande sahélo-saharienne. Cette croissance est due à la présence permanente du projet de réintroduction de l’Oryx algazelle (Oryx dammah) mené par le Tchad et le Sahara Conservation Fund. La taille de la population est estimée de 30 à 50 individus.

Les mesures de conservation prioritaires dépendent d’un renforcement de connaissances.

Ainsi, pour la conservation de l’addax, il est nécessaire de connaître sa nouvelle distribution spatiale et de déterminer précisément les habitats qui lui sont favorables de la Réserve Naturelle Nationale de Termit et Tin-Toumma jusqu’au Tchad, dans la zone frontalière, mais aussi la région du Manga au Tchad. L’implication des communautés pour la sauvegarde de l’espèce sera indispensable dans la zone frontalière. la connaissance et la compréhension du tissu social complexe de cette région seront le préambule nécessaire pour leur implication.

Concernant la gazelle dama, les enjeux sont de mieux déterminer les effectifs présents dans chaque noyau par une combinaison de moyens techniques et humains. La protection de ces deux espèces en milieu naturel est une priorité majeure. Elle nécessite une présence humaine renforcée et permanente sur le terrain, notamment pour l’addax au Niger, avec l’établissement de bases avancées des forestiers délimitant une zone sanctuaire de conservation. La mobilisation de l’ensemble des utilisateurs de la RNNTT est indispensable, aussi bien les communautés que les acteurs pétroliers toujours propriétaires des concessions pétrolières incluses dans la Réserve et se superposant à la zone connue de distribution des addax.

La conservation de la gazelle dama nécessite évidemment une protection renforcée de ses habitats, comme l’illustre la dynamique de la population dans la zone du projet Oryx au Tchad. Sa conservation repose également sur la limitation de l’extension du pastoralisme sur des habitats favorables à l’espèce, avec notamment l’interdiction du fonçage illégale de puits, mais aussi la lutte contre les feux de brousse notamment au sein de la Réserve de Faune de Ouadi-Rime Ouadi-Achim au Tchad.

Le renforcement de la population de l’addax au Niger avec des individus réintroduits a été identifié comme une mesure importante, à la condition que les mesures de protection de la zone soient renforcées. La réintroduction de l’addax a aussi été envisagée et évoquée au Tchad, au sein de la RFOROA et au nord de l’Ennedi. Aucune action de réintroduction ni de renforcement n’a été identifiée pour la gazelle dama.

Au niveau génétique, la préservation du patrimoine des animaux de souche sauvage est prioritaire. Toutefois, aucun animal sauvage ne sera capturé, les individus en captivité seront intégrés dans un centre de reproduction locale est donc une priorité.

L’ensemble de ces mesures devront permettre aux acteurs de préservation de ces deux espèces, dont Noé, d’obtenir des succès tangibles pour la sauvegarde de ce patrimoine naturel unique au monde.

En savoir plus sur le programme  Addax du Sahara