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Néonicotinoïdes : La substitution n'est pas la solution

06 octobre 2020

Paris, le 06 octobre 2020 – Alors que la dérogation d’usage des néonicotinoïdes – insecticides particulièrement nocifs pour les insectes pollinisateurs - est en discussion à l’Assemblée Nationale, deux chercheurs de l’université d’Austin (Texas) soulignent le potentiel nocif de deux produits identifiés comme possibles remplaçants des néonicotinoïdes. Alors que nombre de débats soulignent l’impératif de trouver un produit de substitution à cet insecticide, Noé souligne le caractère systémique de cette crise, et appelle à repenser le modèle agricole en profondeur.

 

Dans leur article publié le mois dernier, Harry Siviter et Felicity Muth, nous montrent par leurs conclusions que les produits alternatifs ne représentent pas nécessairement une avancée pour la préservation de la biodiversite et des insectes pollinisateurs en milieu agricole. Voici la traduction du résumé de cet article :

 

« Les insecticides systémiques, tels que les néonicotinoïdes, contribuent largement au déclin des insectes bénéfiques. Cela a conduit à des interdictions et des restrictions de l'utilisation des néonicotinoïdes dans le monde entier, notamment dans l'Union européenne, où quatre néonicotinoïdes couramment utilisés (imidaclopride, thiamethoxam, clothia-nidine et thiaclopride) sont interdits en dehors de l'agriculture.

Bien que cela puisse sembler être une victoire pour la conservation, les restrictions sur l'utilisation des néonicotinoïdes ne profiteront aux populations d'insectes que si les nouveaux insecticides n'ont pas d'effets négatifs similaires sur les insectes utiles.

 

Le flupyradifurone et le sulfoxaflor sont deux nouveaux insecticides qui ont été homologués pour une utilisation mondiale, y compris dans l'Union européenne. Ces nouveaux insecticides diffèrent dans leur classe chimique, mais partagent le même mode d'action que les néonicotinoïdes, ce qui soulève la question de savoir s'ils ont des effets sublétaux similaires sur les insectes utiles.

 

Les chercheurs mènent ici une recherche documentaire systématique sur les effets sublétaux (causant des dommages graves mais pas la mort) potentiels de ces nouveaux insecticides sur les insectes utiles, en quantifiant ces effets par une méta-analyse. Ils démontrent que le flupyradifurone et le sulfoxaflor ont tous deux des effets sublétaux importants sur les insectes utiles à des niveaux d'exposition réalistes.

 

Ces résultats confirment que l'interdiction de l'utilisation des néonicotinoïdes ne protégera les insectes utiles que si elle s'accompagne de modifications importantes du processus de réglementation des produits agrochimiques, faute de quoi les insectes utiles et les services écosystémiques sur lesquels repose la production alimentaire mondiale continueront de décliner. »[1]

 

 

Alors que nombre de débats se centrent sur la recherche de l’alternative idéale, nous affirmons la nécessité de transformer le système agricole en profondeur, car ce qui doit être discuté n’est pas l’usage ou non d’un produit, mais bien la poursuite ou la transformation d’un système qui se repose sur un produit hautement nocif pour la biodiversité.

 

Et pour cause : trouver une alternative qui garantira un revenu décent aux agriculteurs, des rendements satisfaisants aux agro-industries et un impact faible sur l’environnement semble relever de l’utopie. C’est donc le système agricole qu’il s’agit de modifier, et celui-ci ne sera bénéfique à la biodiversité que s’il repose au moins en partie sur cette dernière. Cette approche, qui correspond à l'agro-écologie, est le socle que Noé contribue à bâtir pour une agriculture durable et juste, tant pour la biodiversité, les agriculteurs et les consommateurs.

 

Alors, l’enclenchement de cette transition ne peut plus attendre. Alors que la dérogation d’usage aux néonicotinoïdes entre en première lecture à l’Assemblée Nationale aujourd’hui, nous appelons les député.e.s à se saisir de l’opportunité que représente ce débat pour repenser notre modèle agricole en profondeur, et tendre vers les principes de l’agro-écologie que nous préconisons.

 

Pour cela, nous recommandons :

 

  • L’allocation de moyens matériels et financiers dédiés aux parties prenantes en capacité d’impulser la transition agroécologique : aux agriculteurs, aux organismes de formations ainsi qu’à la recherche
  • Une mise en œuvre systématisée du Paiement pour Service Environnementaux (PSE) à destination des agriculteurs, car la transition agro-écologique ne peut pas s’effectuer au détriment de celles et ceux qui sont en première ligne de ces changements
  • La mise en place d’une politique ambitieuse pour la réhabilitation des milieux favorables aux pollinisateurs sauvages (sur lesquels reposent nombre de nos filières agricoles) et la transition vers une agriculture sans produits phytosanitaires de synthèse.

 

 

 

[1]  Siviter H, Muth F. 2020 Do novel insecticides pose a threat to beneficial insects? Proc. R. Soc. B 287 : 20201265. http://dx.doi.org/10.1098/rspb.2020.1265