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Mesurer la biodiversité en milieu agricole : mise en pratique !

04 juin 2020

Légende : L'un des protocoles retenus par le Club AGATA consiste à lister l'ensemble des papillons présents dans les bordures de parcelles, ici un beau Procris, ou Fadet commun.

C’est l’un des principaux chantiers du Club AGATA, groupe de travail co-animé par Noé et CDC Biodiversité, visant à fédérer des acteurs du secteur agro-alimentaire autour de la biodiversité. L’un des principaux travaux d’AGATA est de parvenir à identifier une liste d’indicateurs permettant d’évaluer la biodiversité dans et autour des parcelles agricoles.

Deux années de travail ont permis de lister notamment sept indicateurs (1) focalisés sur la richesse des parcelles en termes de biodiversité (six autres indicateurs portent davantage sur les possibles impacts, positifs ou négatifs, des pratiques agricoles sur cette biodiversité). L’année 2020 marque la mise en pratique de certains des protocoles retenus. Stagiaire naturaliste chez Noé, Daniel Chantrel-Valat commençait, fin mai, un tour de France auprès de coopératives et de négoces agricoles travaillant en partenariat avec différents adhérents du Club AGATA.

« Impliquer les agriculteurs dans la démarche »

Légende : Les éléments du paysage entourant une parcelle agricole ont une influence directe sur la biodiversité. Même un "simple" arbre isolé joue le rôle d'habitat pour de nombreuses espèces.

Première sortie dans les environs d’Angoulême, chez Coop de Mansles, partenaire d’Agri Confiance, les 20 et 21 mai. Pour Jean-Jacques Perissat, responsable Qualité-Sécurité-Environnement de la structure, tout l’enjeu est de trouver le bon moyen de mobiliser les agriculteurs autour de ces travaux. « Ce sont les premiers intéressés par les résultats, glisse-t-il. L’intérêt de ces inventaires étant plus grand s’ils sont réalisés chaque année, pourquoi ne pas les impliquer plus activement dans la démarche à l’avenir ? ». Le point de vigilance étant le suivant : les relevés sont à faire en grande partie au printemps, une période chargée pour les producteurs. « Il ne faut pas que ces protocoles soient perçus comme une contrainte supplémentaire ! »

23 espèces d’oiseaux recensés aux alentours d’Angoulême

Légende : Après avoir parcouru une vingtaine de mètres dans la parcelle en "fauchant" le haut de la culture avec un filet, Daniel récupère les différentes espèces, une par une, pour les identifier.

Dans les cinq champs considérés, Daniel a appliqué trois protocoles. Le premier consiste à lister les oiseaux entendus ou visualisés sur deux points d’écoute par parcelle. Daniel a identifié 23 espèces, avec une récurrence pour l’alouette des champs, détectée sur chaque parcelle. Les milieux les plus riches sont sans surprise, les champs proches de zones arborées (haies, bosquets…). Pour les papillons, le protocole préconisé par l’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB) consiste à longer la parcelle pendant dix minutes, en comptabilisant les individus sur une largeur de 5 mètres autour du naturaliste. Les espèces les plus communes recensées par Daniel sont les suivantes : les Procris, les Myrtils ou encore les Azurés. Enfin, Daniel a parcouru la culture elle-même avec un filet-fauchoir, en « fauchant » le dessus du blé une vingtaine de fois. Chaque insecte présent dans le filet est ensuite placé dans un pot d’alcool. Il y sera conservé jusqu’à l’identification, réalisée a posteriori pour distinguer les insectes auxiliaires (qui ont une contribution positive pour les cultures) et les ravageurs (dont l’impact est négatif sur les cultures). « La reconnaissance des insectes, via des clés d’identification, n’est pas évidente et demande un minimum de pratique », note Daniel.

Protocoles fortement influencés par le paysage

Légende : Daniel, en discussion avec Hervé Martin (Dijon Céréales). L'échange avec les acteurs locaux est l'un des objectifs à part entière de son tour de France.

Le 27 et 28, Daniel s’est rendu en Côte d’Or, dans les parcelles de producteurs de Dijon Céréales, partenaire de Barilla. Hervé Martin, responsable agronomique et filières de la coopérative, a sélectionné des parcelles dans des milieux diversifiés. La parcelle la plus riche en espèces d’oiseaux était située à proximité d’un plan d’eau, de zones boisées, d’une haie arborée ou encore d’une prairie fleurie. Le vent a toutefois limité la présence de papillons. Le contraste entre cette parcelle et une autre, relativement proche mais présentant des alentours peu variés, est important, confirmant l’intérêt d’un paysage diversifié.

Intérêt pour la thématique ornithologique

Jérôme Chainard, technicien chez Dijon Céréales, avait déjà mis en place des protocoles de l’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB) sur certaines exploitations, mais la démarche n'a pu être pérennisée, faute de temps et de moyen humain. « Le retour d'expérience, suite au passage de Daniel, nous permettra peut-être de définir une organisation plus pertinente afin de permettre un suivi régulier des indicateurs sélectionnés », explique-t-il.

Légende : Fin mai, Daniel avait réalisé ses deux premiers déplacements. Sept autres sont à suivre !

Pour Dijon Céréales, la thématique ornithologique est prégnante. La coopérative travaille avec des partenaires locaux. « Nous avons mené des actions avec la Choue, une association avec laquelle les agriculteurs ont mis en place des perchoirs et des nichoirs à rapaces nocturnes », détaille Jérôme Chainard. « Nous avons également un prestataire de service qui propose de « protéger » les silos de stockage des pigeons, en utilisant des rapaces, qui sont leurs prédateurs ». Hervé Martin s’est montré très intéressé par l’application utilisée par Daniel pour aider à la reconnaissance du chant des oiseaux.

Le stage de Daniel est une phase importante pour progresser sur un des objectifs du Programme « Fermes de Noé », à savoir permettre l’évaluation et la préservation de la biodiversité au sein des différentes filières agroalimentaires pour démontrer de réels impacts sur la biodiversité. Nous reviendrons sur les différentes étapes de son périple, auprès de neuf coopératives et négoces, tout au long du moins de juin.

(1) Proportion d’infrastructures agroécologique sur l'exploitation, Part de surface non-labourée, Part de surface couverte en hiver, Indice de fréquence de traitements herbicides / hors-herbicides, Diversité des cultures, Dose totale d’azote par hectare, Taux de matière organique, Biomasse microbienne moléculaire, Activité biologique du sol, Abondance des vers de terre, Présence d’auxiliaires et ravageurs, Abondance de pollinisateurs, Abondance et diversité d’oiseaux