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Les agriculteurs : vers un contrat de confiance avec les consommateurs ?

22 mars 2017

À l’occasion de la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides (SPAP), Noé souhaite lever le voile sur les techniques de production des professionnels de l’agroalimentaire, de la graine à l’assiette.

Les pratiques adoptées par les agriculteurs dans leurs champs ont des conséquences jusque dans votre assiette. Alors ouvrez l’œil pour favoriser une agriculture plus saine pour l’homme et pour les écosystèmes : les produits que vous mettez dans votre panier peuvent faire la différence.

L’agriculture est née il y a environ 10.000 ans, lors de la « révolution néolithique ». A cette époque, l’être humain qui était avant tout organisé en communautés de chasseurs-cueilleurs, commence à aménager les écosystèmes qui l’entourent pour en tirer son alimentation. Ce nouveau mode de vie a généralement comme conséquence de le sédentariser à proximité des zones de cultures. L’histoire de l’agriculture connaît ensuite la même diversité que celle de l’humanité, avec à travers les époques des spécificités propres aux différentes régions du globe.

L’agriculture du 20e siècle a avant tout été marquée par la recherche de productivité : après des périodes de famine et de rationnement, assurer la sécurité alimentaire est devenu un objectif majeur du siècle dernier. Créée au lendemain de la 2nde guerre mondiale, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (plus connue sous l’acronyme anglais FAO) affichait ainsi l’objectif d’ « Aider à construire un monde libéré de la faim ». Ce noble objectif s’est traduit par une logique d’intensification de l’agriculture, s’appuyant notamment sur la sélection de variétés à haut rendement, l’utilisation d’intrants (engrais, produits phytosanitaires…) et de larges investissements dans les équipements (mécanisation, irrigation, serres…).

Mais ce modèle intensif, qui alors trouvait sa justification, s’enfonce aujourd’hui dans une crise profonde. Selon la FAO, 1,5 milliard d’adultes sont en surpoids, 30 % de la nourriture est gaspillée, un milliard de personnes souffrent de famine. C’est la contradiction du système agricole actuel qui faillit à nourrir le monde alors qu’il est pointé du doigt pour les dégâts qu’il engendre aux niveaux socio-économique, environnemental ou de la santé publique. Aujourd’hui, les secteurs agricoles et forestiers génèrent 24 % des émissions mondiales de gaz à effets de serre, voire 35 % en France si l’on intègre l’ensemble du système alimentaire. L’agriculture intensive, notamment du fait de l’usage de produits chimiques, a des conséquences dramatiques sur les écosystèmes et l’ensemble de la biodiversité.

Au cours des siècles, le métier de l’agriculteur, « celui qui cultive le sol, le champ », a largement évolué, au gré des « révolutions agricoles », avec toujours le même objectif : nourrir les populations. Les défis qui s’ouvrent aujourd’hui à lui – et à l’ensemble de notre société – sont immenses. Car, pour paraphraser les objectifs du Programme National pour l’Alimentation (PNA, qui régit la politique publique de l’alimentation depuis 2010), il s’agit maintenant de fournir à tous une alimentation sûre, diversifiée, en quantité suffisante, de bonne qualité gustative et nutritionnelle, dans le cadre d’une agriculture durable. Vaste programme !

Une agriculture durable ?

On pourrait résumer « l’agriculture durable » à quelques idées clefs, traduisant l’application des principes du développement durable au système agricole. La notion d’équité entre les différents acteurs des filières, permettant notamment des revenus justes pour les agriculteurs, fait ainsi partie des enjeux majeurs. Sur le volet environnemental, il s’agit avant tout de passer d’une logique de « maitrise des milieux », à une « alliance avec les écosystèmes ». La biodiversité joue en effet un rôle prépondérant pour les écosystèmes agricoles : c’est la diversité des espèces et des milieux qui renforcent leur robustesse face aux diverses agressions dont ils peuvent faire l’objet (maladies, ravageurs, aléas du climat…). La recherche d’un équilibre relatif au sein de chaque écosystème agricole est donc considérée comme l’une des clefs de l’agriculture durable.

Alors quels choix s’offrent à l’agriculteur ? Bien sûr, l’abandon des intrants chimiques est l’un des enjeux de l’agriculture durable, c’est d’ailleurs l’une des mesures principales du cahier des charges de l’agriculture biologique. Mais si ces produits chimiques peuvent généralement être remplacés par d’autres substances moins nocives, applicables en agriculture biologique, leur abandon passe avant tout par le retour d’un certain équilibre naturel au sein de l’écosystème agricole. L’équilibre doit bien sûr être retrouvé au niveau du sol, c’est l’un des objectifs des techniques culturales de « l’agriculture de conservation ». Le retour des arbres et des haies, recommandé par les adeptes de l’agroforesterie, est aussi très vertueux pour les cultures, tout comme les associations entre plantes complémentaires. Plus généralement, l’approche systémique de l’ensemble de l’exploitation agricole, au sein de son environnement, est l’une des clefs de l’agriculture durable (on parle alors souvent d’approche permaculturel du système agricole).

Noé : favoriser la transition de l’ensemble du système agricole

Les techniques de l’agroécologie sont de plus en plus connues, et de nombreux acteurs (agriculteurs, associations, chercheurs…) continuent de les faire progresser. Mais cette remise en cause de l’approche intensive, prônée pendant des décennies, implique des changements majeurs pour les agriculteurs. Si certains se lancent spontanément dans cette aventure, les freins liés à la connaissance des nouvelles techniques, à l’évolution nécessaire du matériel et de la manière d’organiser l’exploitation, ou encore aux coûts liés au changement, ralentissent considérablement la « transition agroécologique » tant souhaitable pour notre société.

Pour accélérer cette transition, l’association Noé est convaincue que certains acteurs ont un rôle clef à jouer : les entreprises de l’agroalimentaire et de la grande distribution, qui commandent de grandes quantités de denrées agricoles, ainsi que les collectivités locales, qui organisent les circuits de restauration collective sur leur territoire. En accompagnant les agriculteurs grâce à des partenariats sur le long terme, ces organisations sont en mesure de provoquer un changement d’échelle, en diffusant progressivement les principes de l’agriculture durable auprès d’un grand nombre d’agriculteurs.

Mais comment agir dans son assiette ?

Pour vos fruits et légumes, choisir des produits issus de l’agriculture biologique (« bio »), locaux et de saison, vous permettra d’agir en faveur de votre santé, mais aussi de celle des agriculteurs, des populations rurales, et bien sûr de la biodiversité. Plus généralement, plus vous êtes proche du producteur (par exemple en achetant vos fruits et légumes au sein d’une AMAP, association de maintien d’une agriculture paysanne), plus vous serez en mesure de savoir quel type d’agriculture est à l’origine des produits que vous retrouvez dans votre assiette.

En ce qui concerne les produits alimentaires préparés, c’est encore le « bio » qui vous donne à l’heure actuelle la plus grande garantie d’agir pour la santé des hommes et des écosystèmes. Bien sûr, certaines marques s’engagent pour faire progresser les pratiques agricoles. Mais en l’absence du label « bio », il est nécessaire de bien se renseigner sur les véritables engagements des entreprises qui fournissent les principaux produits que vous consommez.

Noé souhaite obtenir plus d’engagements et de transparence de la part des entreprises agroalimentaires. Si ce sujet vous tient à cœur, n’hésitez pas à vous inscrire à nos lettres d’information et à suivre notre page Facebook pour vous tenir au courant !