Retour aux actualités

Le contrôle des impacts pétroliers au Tchad, un exemple à suivre ?

12 août 2016

Notre projet mené au Niger et au Tchad a notamment pour objectif d’atténuer les impacts de l’industrie pétrolière au Niger. En réponse à cet objectif, Noé a mené une mission au Tchad pour identifier les moyens de contrôle et d’évaluation des impacts de cette industrie dans ce pays, et plus précisément comment les dérives de la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont été détectées. Pour rappel, la CNPC est la seule compagnie en exploitation au Niger, dont une partie de son activité se déroule dans la Réserve Naturelle Nationale de Termit Tin-Toumma.

En effet, la CNPC est aujourd’hui mise en cause au Niger pour son absence de dialogue avec la société civile, pour ses pollutions cachées, des conditions de travail dangereuses selon certains de ses salariés, pour son non-respect de la législation environnementale en vigueur et pour son impact sur la faune et notamment avec le braconnage de l’Addax . Par ailleurs, au Niger, un seul organe d’Etat, rattaché au Ministère de l’Environnement, exerce la mission de contrôle des impacts environnementaux, le Bureau d’Evaluation Environnementale et des Etudes d’Impact (BEEEI), et ses missions sont directement financées par la CNPC. Et pour finir, la société civile ne se mobilise sur ces questions que depuis 2015.

Ce contexte nigérien a donc amené Noé à organiser une mission au Tchad par l’intermédiaire de l’Institut International Pour les Etudes Comparatives, partenaire du projet sur ces questions. En effet, la CNPC, au Tchad, a été condamnée par l’Etat à verser une amende de 1,2 milliards de dollars en 2014 pour toute une série de pollutions cachées et des conditions de travail et de sécurité non respectées.

Cette mission a permis de mettre en avant un autre modèle de contrôle des impacts pétroliers et il pourrait être source d’inspiration pour les acteurs nigériens (Etat et société civile).

La société civile tchadienne est organisée en réseau et des lanceurs d’alertes, présents sur tout le territoire, sont prêts à informer de la moindre pollution sur le terrain. L’Etat est doté de deux organes de contrôle, un comité interministériel, équipé d’une brigade mobile et rattaché à la Primature, et un autre organe de contrôle lié au Ministre de l’Environnement. Selon nos interlocuteurs au Tchad, les invectives de la société civile sont très utiles pour amener la CNPC à respecter ses engagements environnementaux et sociaux. Cet exemple de gouvernance semble contraindre un grand groupe économique comme la CNPC à dialoguer et à respecter ses engagements.

Afin de partager avec nos partenaires nigériens cet exemple de gouvernance et de contrôle des impacts pétroliers, un atelier d’échanges sera organisé en septembre prochain à Niamey entre les nigériens et les tchadiens. Ce sera l’occasion pour la société civile nigérienne, le BEEEI mais aussi d’autres institutions nigériennes de confronter le modèle nigérien au modèle tchadien et d’identifier des pistes d’amélioration.

Cet échange d’expérience et de pratiques sera enrichissant et représentera le début d’une collaboration à l’échelle régionale entre le Niger et le Tchad que notre programme cherchera à renforcer et à pérenniser durant les années à venir.