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A la recherche des addax...

23 octobre 2020

Les addax (Addax nasomaculatus) sont l’un des mammifères les plus menacés sur terre. Cette antilope est parfaitement adaptée à la vie dans le désert, capable de repérer les pluies à une distance de 200 à 400 kilomètres et elle n'a besoin que de très peu d'eau pour survivre.

Autrefois répartie dans tout le Sahara, les derniers représentants de cette espèce se cachent aujourd'hui dans le désert nigérien du Tin-Toumma jusqu’à la frontière tchadienne. Estimées au nombre de 100 individus maximum et au bord de l’extinction à l’état sauvage, ces antilopes sont réparties en petits groupes sur un territoire de plus de 50 000 km2, difficile d’accès, que seules les communautés nomades et les trafiquants parcourent quotidiennement.

La première des priorités pour protéger et sauvegarder cette espèce est alors de localiser précisément ces différents groupes.

Désert de Manga-Eguey

Mais cette espèce est capable de parcourir de grandes distances en une seule journée et de fuir ainsi les zones où elle est dérangée ou braconnée, ce qui rend sa localisation plus difficile. L’augmentation depuis 2013 du trafic, de la contrebande et de l’exploitation pétrolière a entrainé braconnage et perturbation et a dispersé les addax.

Pour cela, Noé, actif au Niger depuis 2013 et gestionnaire de la Réserve Naturelle Nationale de Termit & Tin Toumma (RNNTT) depuis 2018, a initié un travail d’enquête avec les communautés depuis plusieurs années. Des agents communautaires, formés et équipés, rencontrent les nomades dans la RNNTT et sa périphérie, jusqu’à la frontière nigéro-tchadienne et recueillent ainsi des informations selon un procédé appelé par Noé "l’Internet pastoral". Chaque pasteur, chaque nomade, chaque campement rencontré permet de consolider la connaissance d’un territoire et la présence ou l’absence d’addax.

Concertation avec les communautés dans le désert de Manga-Eguey

Ainsi, avec le soutien du fonds IUCN Save Our Species et de l’Agence Française de Développement, Noé a renforcé ce réseau d’agents communautaires uniquement dédiés à l’addax. Le recueil de témoignages, la sensibilisation des communautés sur l’urgence de préserver leur héritage naturel et patrimonial sont la première étape permettant la conservation de cette espèce.

Sur la base des informations recueillies, Noé conduit, avec la participation des autorités tchadiennes ou nigériennes, des missions de terrain pour confirmer la présence des addax ainsi que leur braconnage, et estimer leur nombre.

Grâce au soutien de SOS Species, depuis sa date de signature en mai 2020, 4 agents communautaires supplémentaires ont été recrutés, près de 15 000 km dans le désert ont été parcourus, plusieurs addax ont été observés, et de nombreuses empreintes ont été trouvées. Ce travail fastidieux et collaboratif a permis de localiser entre 3 et 5 groupes d’addax, répartis entre la RNNTT et la frontière tchadienne, ainsi que la macabre découverte de trois addax braconnés, vraisemblablement par des trafiquants en provenance ou en partance pour la Libye.

Traces d'addax dans le Tin-Toumma

Braconnage d'addax dans le Tin-Toumma

Parmi les addax observés, une vieille connaissance a même été retrouvée dans le Tin-Toumma en septembre 2020, un exemplaire à la corne cassée, mâle dominant d’un groupe de 9 addax avec 2 petits en 2018. Il était en présence d’autres addax, entourés de nombreuses traces.

Photo d'addax dans le Tin Toumma (mâle avec une corne cassée)

Le travail d’enquête continue sans relâche pour permettre la mise en place de patrouilles assurant la protection des derniers représentants à l’état sauvage de cette espèce incroyablement adaptée au désert.