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La biodiversité, grande absente du plan climat du nouveau gouvernement

19 juillet 2017

Nicolas Hulot a dévoilé début juillet le « Plan climat » du Ministère de la Transition écologique et solidaire grâce auquel il confirme surtout les grandes orientations déjà actées dans l’Accord de Paris. Ce plan est construit en six volets : « rendre irréversible la mise en œuvre de l’Accord de Paris, améliorer le quotidien de tous les Français, en finir avec les énergies fossiles et s’engager dans la neutralité carbone, faire de la France le pays à la pointe de l’économie verte, encourager le potentiel des écosystèmes et de l’agriculture, intensifier la mobilisation internationale sur la diplomatie climatique ». En revanche, l'impasse a été faite sur les leviers à actionner et les financements à mobiliser pour parvenir aux ambitions affichées par le Ministre. Et tout comme dans l'Accord de Paris, les mesures pour préserver la biodiversité sont également omises.

Rappelons tout d’abord que l’Accord de Paris reste un accord non contraignant pour les États signataires et que les engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) pris à ce jour par les États, ne permettent pas d’atteindre l’objectif de l’Accord, à savoir de contenir le réchauffement global au-dessous du seuil des 2°C.

Si comme Nicolas Hulot l’a annoncé, « nous souhaitons dépasser nos objectifs, aller plus loin, plus vite », le Plan climat du nouveau gouvernement devra donc fixer de nouveaux objectifs, mobiliser de nouveaux moyens et définir des plans d’actions concrets pour les atteindre.

Et c’est d’ailleurs le cas sur la question des émissions de GES, puisque le Plan climat prévoit de dépasser l’objectif initial de division par quatre des émissions de GES, pour proposer désormais une neutralité carbone à horizon 2050. Ce qui signifie qu’à ce terme, les émissions de GES en France ne devront pas dépasser la capacité seuil des écosystèmes à les absorber. Cet objectif a été fixé en s’appuyant sur la volonté du ministre de passer à au moins 32% la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie produite d’ici 2030, et sur l’accélération de la rénovation du parc immobilier et le développement de la construction de bâtiments basse énergie voire à énergie positive.

Parallèlement, le ministre a également indiqué vouloir mettre fin à l’importation de produits agricoles ou forestiers contribuant à la déforestation, responsable de 10% des émissions actuelles mondiales de GES ! Cela concerne en particulier l’huile de palme et le soja OGM.

Autre annonce positive, le prix du carbone devrait être revu largement à la hausse dans le cadre du Plan climat présenté par Nicolas Hulot, dépassant les 100 euros par tonne d’ici à 2030, niveau jugé « insuffisant pour placer le monde sur la trajectoire des 2°C ». Mais aucune information chiffrée n’a cependant été donnée, le coût à la tonne ne sera réévalué qu’à la fin de l’année, dans le cadre de la préparation de la loi de finance 2018.

Une mesure phare du plan est aussi la fin de la vente de véhicules à essence et au diesel d’ici 2040, mais là encore, sans aucune information sur les moyens qui y seront dédiés.

Enfin, nous saluons particulièrement l’annonce du ministre d’un projet de loi à venir à l’automne pour interdire tout nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures et le non-renouvellement des concessions existantes.

Mais qu'en est-il du rôle majeur de la biodiversité, et donc de sa nécessaire protection, pour accélérer l’indispensable transition écologique ?

Nous l’oublions trop souvent, mais des écosystèmes en bon état de conservation contribuent de fait à la transition écologique, c’est le cas notamment du rôle des océans et des forêts dans le stockage du dioxyde de carbone atmosphérique. Il est donc de notre devoir de protéger durablement ces écosystèmes.

Or, beaucoup de ces milieux naturels sont fortement dégradés par l’urbanisation, l’agriculture intensive, la pollution et bien d’autres causes. La biodiversité n’est pas ou peu prise en compte dans nos modes de vie urbains et consuméristes, déconnectés de la nature.

Nous devons investir sur la biodiversité ! En restaurant et en protégeant la nature, en respectant la complexité du vivant, en préservant ou en recréant des systèmes naturels, nous préserverons les services environnementaux essentiels dont nous bénéficions tous.

Si Noé salue donc les engagements pris par le ministre de la transition écologique, nous restons sur notre faim quant à la présentation de mesures concrètes et de plans d’actions pour atteindre les objectifs affichés. Et nous espérons que la préservation de la biodiversité sera intégrée dans les plans d’actions à venir. Investir sur la nature, c’est investir dans notre avenir.

À l’occasion de la COP21, Noé s'était déjà fait le porte-parole de la biodiversité. Il est en effet indispensable d’intégrer à la transition écologique la préservation des écosystèmes et des services rendus par la nature. Nos recommandations restent donc (malheureusement) à ce jour, toujours d’actualité.

  • Réduire notre consommation d’énergies fossiles et rechercher l’efficacité énergétique.
  • Développer les énergies renouvelables.
  • Prendre en compte, dans les plans d’actions nationaux sur le changement climatique et les risques qui y sont associés, la préservation des écosystèmes et des services écologiques rendus par la nature.
  • Investir une partie des financements dédiés à la lutte contre les changements climatiques, sur la biodiversité pour préserver ou restaurer la fonctionnalité des milieux naturels.
  • Accompagner l’effort de restauration et de préservation de la nature, d’un changement de regard de nos sociétés sur le monde vivant en développant un nouveau modèle fondé sur le « consommer moins, vivre mieux ».
  • Soutenir et valoriser les initiatives locales de préservation et de restauration de la nature dans une logique d'action globale cohérente.

+ d'info sur le lien entre climat et biodiversité et les actions proposées par Noé pour lutter contre le changement climatique