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Pulvérisation de produits phytosanitaires sur champ de colza

Hausse de la vente des pesticides en France : la transition écologique aurait-elle du plomb dans l’aile ?

17 janvier 2020

La vente de substances actives de produits phytosanitaires destinées à une utilisation agricole a augmenté de 21 % entre 2017 et 2018. Cette augmentation questionne sur les 400 millions d’euros mobilisés chaque année par le gouvernement pour accompagner la réduction de l’usage des produits phytosanitaires par la profession agricole. Elle interroge également sur le recours de plus en plus important aux solutions de biocontrôle qui semblent remplacer les intrants de synthèse malgré des risques possibles et mal évalués sur l’environnement, le soufre représentant 16% des ventes entre 2017 et 2018.

Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, la production agricole a fortement augmenté. Cette augmentation résulte en partie de l’intensification de l’agriculture caractérisée par l’augmentation des intrants, dont les pesticides aussi appelés produits phytosanitaires1. La France et ses 71 milliards d’euros de production agricole en 2018, est aujourd’hui au deuxième rang européen pour la vente de substances actives de produits phytosanitaires (72 035 t) et neuvième quant à l’utilisation rapportée à l’hectare2.

Le plan gouvernemental Ecophyto II + (2018) affiche comme objectifs une réduction de l’usage des produits phytosanitaires de 25 % en 2020 via l’optimisation des systèmes de production, l’arrêt de l’utilisation du glyphosate (herbicide total systémique) d’ici fin 2020 pour les principaux usages et d’ici 2022 pour l’ensemble des usages, ainsi que la réduction des usages des produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2025, par mutations profondes des systèmes de production et des filières. Ces objectifs font notamment suite aux preuves d’effets néfastes de nombreux produits phytosanitaires sur la biodiversité, qui impactent directement les organismes comme les insectes pollinisateurs ou les oiseaux (effets létaux et sublétaux) mais aussi qui diminuent les ressources qui leur sont disponibles au sein des exploitations agricoles. Par exemple, les herbicides en détruisant la flore sauvage présente en grande culture, diminuent la ressource florale (nectar, pollen) disponible pour les pollinisateurs sauvages3–5. De plus, ces molécules peuvent présenter une pollution rémanente des sols et engendrer une exposition des organismes plusieurs années après l'arrêt de leur utilisation6.

Le Comité d’orientation stratégique et de suivi du plan national de réduction des pesticides indique dans son rapport paru le 7 janvier 2020 que la quantité de substances actives vendue a augmenté de 23 % pour utilisation agricole entre 2017 et 2018. Cette augmentation est à mettre en relation avec les 400 millions d’euros investis chaque année par le gouvernement dans l’accompagnement de la profession agricole pour la réduction de l’utilisation des substances phytosanitaires7 et indique que cet accompagnement fait encore aujourd’hui défaut.

En outre, ces résultats questionnent sur les alternatives proposées aux substances phytosanitaires de synthèse et notamment sur la place prise par les solutions de biocontrôle. En effet, parmi les principales substances vendues entre 2017 et 2018, le soufre représentait 16 % des ventes. Les risques environnementaux de ces solutions de biocontrôle sont encore sous-évalués, notamment par rapport aux problèmes de contamination des sols qu’ils pourraient causer8. Noé insiste donc sur la nécessité d’une réelle transition agroécologique fondée sur une agriculture durable limitant tout type d’intrant, favorable à la biodiversité et s’appuyant sur cette dernière via les services écosystémiques pour la production des biens agricoles 9. Cette voie est évidemment possible comme souligné encore récemment pour la production du colza10, au sein des différentes fermes DEPHY11, ainsi que par les résultats du programme « Fermes de Noé » (depuis 2008, 1700 agriculteurs engagés et une diminution de 20 % en moyenne de l’utilisation de produits phytosanitaires en grandes cultures)12.

Références :

  1. The future of food and agriculture: trends and challenges. (Food and Agriculture Organization of the United Nations, 2017).
  2. Ministère de la Transition, écologique et solidaire, Direction générale de l’Aménagement, & du Logement et de la Nature. Plan ECOPHYTO II +.
  3. Chiron, F., Chargé, R., Julliard, R., Jiguet, F. & Muratet, A. Pesticide doses, landscape structure and their relative effects on farmland birds. Agriculture, Ecosystems & Environment 185, 153–160 (2014).
  4. Goulson, D., Nicholls, E., Botías, C. & Rotheray, E. L. Combined stress from parasites, pesticides and lack of flowers drives bee declines. 347, 31 (2015).
  5. Wintermantel, D., Odoux, F., Chadœuf, J. & Bretagnolle, V. Organic farming positively affects honeybee colonies in a flower‐poor period in agricultural landscapes. Journal of Applied Ecology 12 (2019).
  6. Wintermantel, D. et al. Neonicotinoid-induced mortality risk for bees foraging on oilseed rape nectar persists despite EU moratorium. Science of The Total Environment 704, 135400 (2020).
  7. Plan de réduction des produits phytosanitaires et de sortie du glyphosate: le Gouvernement renforce la transparence des données et la mobilisation de l’expertise scientifique.
  8. The environmental impacts of organic farming in Europe. (Inst. für Landwirtschaftliche Betriebslehre, 2000).
  9. Tibi, A. & Thérond, O. Evaluation des services écosystémiques rendus par les écosystèmes agricoles. Une contribution au programme EFESE. 118 (2017).
  10. Catarino, R., Bretagnolle, V., Perrot, T., Vialloux, F. & Gaba, S. Bee pollination outperforms pesticides for oilseed crop production and profitability. Proc. R. Soc. B 286, 20191550 (2019).
  11. Les fermes Dephy : partout en France, des systèmes de production performants et économes en pesticides.
  12. Fermes de Noé.