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Etat des lieux et enjeux de la conservation de la faune sahélo-saharienne

01 juin 2018

La faune sahélo-saharienne se concentre dans quelques rares refuges, notamment au Niger et au Tchad. Unique, parfaitement adaptée à ces latitudes et au climat, elle est cependant fragile, soumise à de nombreuses pressions, et ses effectifs n’ont fait que chuter depuis les 30 dernières années.

Certaines espèces, dont les antilopes et les gazelles, sont au bord de l’extinction avec des effectifs très bas et des populations dispersées.

  • L’addax a une population à l’état sauvage de moins de 150 individus, répartis sur 400 à 500 kilomètres entre la Réserve Naturelle Nationale de Termit et Tin-Toumma au Niger et la région frontalière du Manga-Eguey au Tchad. L’augmentation de la présence humaine dans son environnement a entrainé sa quasi disparition. L’exploitation pétrolière, les trafics en tout genre en direction ou en provenance de la Lybie ont amené de la perturbation sonore (source de stress), du braconnage et du trafic de ces animaux.

  • La gazelle dama est également en danger critique d’extinction. Il ne subsiste à l’état sauvage que 5 populations distinctes, réparties au Mali, Niger et Tchad pour un total de moins 300 individus. Au Niger, cette espèce s’est réfugiée sur les contreforts du massif de Termit et de l’Aïr Ténéré. Au Tchad, elle est encore présente en milieu ouvert, dans la région frontalière du Manga-Eguey et la Réserve de Faune de Ouadi-Rimé Ouadi-Achim. Son braconnage ainsi que les feux de brousse au Tchad ont fortement contribué à sa quasi extinction.

  • La gazelle dorcas est encore présente en grand nombre, mais ses effectifs diminuent rapidement du fait du braconnage et d’un trafic croissant pour faire de cette petite gazelle un animal d’ornement très prisé pour des jardins privés au Niger et au Tchad.

La bande sahélo-saharienne compte également la présence de carnivores indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème saharien, notamment le fennec, le serval, le chacal commun, le guépard du Sahara, la hyène tachetée ou rayée. Ces espèces sont impactées par la diminution de leurs proies, l’aridification de leur habitat mais aussi par les conflits avec les pasteurs et éleveurs. Le plus rare de ces carnivores est le Guépard du Sahara dont la population au sein de la Réserve Naturelle Nationale de Termit et Tin-Toumma n’excède pas 10 individus.

L’avifaune est également riche et variée. De nombreux sites au Niger et au Tchad sont des lieux de passage et de repos pour les oiseaux migrateurs du paléarctique qui y bénéficient de la présence d’eau libre après la saison des pluies. La gestion de ces sites et la concertation avec les pasteurs et les éleveurs sont indispensables à leur migration.

Outre les oiseaux migrateurs, le sahel abrite également des oiseaux parfaitement adaptés et emblématiques. Six espèces de vautour pouvent y être observées : le vautour oricou, le vautour de Rüppel, le vautour à tête blanche, le vautour charognard, le vautour africain et le percnoptère. Malheureusement ils sont tous menacés d’extinction par le braconnage, la disparition des habitats favorables à la nidification et l’empoisonnement.

Les outardes arabes et de nubie sont aussi menacées. Proies très recherchées par des chasseurs étrangers utilisant des faucons dressés, elles sont devenues très attractives pour les trafiquants de la faune sauvage.

Enfin, deux espèces illustrent particulièrement la diminution de la faune sahélo-saharienne et les enjeux de conservation qui y sont liés.

Quasiment éteinte au Niger, l’autruche à cou rouge n’est présente à l’état sauvage que dans quelques aires protégées en Afrique alors qu’au Niger et au Tchad, il y a encore quelques décennies, elle était très abondante hors des aires protégées.

Eteinte à l’état sauvage, l’oryx algazelle est depuis 2016 réintroduite en milieu naturel au Tchad au sein de la Réserve de Faune de Ouadi-Rimé Ouadi-Achim. Des moyens considérables, humains, logistiques et financiers, ont été déployés pour permettre sa réintroduction. Les difficultés pour atteindre ce véritable succès témoignent de la priorité à donner à la conservation in situ des espèces encore présentes à l’état sauvage.

La faune sauvage sahélo-saharienne est ainsi menacée par des pressions diverses aussi bien sur son habitat que par le trafic et le braconnage. Sa conservation sur le terrain est prioritaire, d’autant plus que ses effectifs sont faibles et qu’elle est patrimoniale et liée à la culture humaine de la bande sahélo-saharienne. C’est pourquoi Noé s’engage avec ses partenaires techniques et financiers comme l’Union Européenne et l’Agence Française de Développement, et avec les Etats du Niger et du Tchad pour préserver ces espèces uniques et désormais fortement menacées.