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Nourrir l’Europe grâce à l’agroécologie en 2050, c’est possible !

18 septembre 2018

La semaine dernière, Pauline Lavoisy, notre Chargée de Programme « Biodiversité & Agriculture », s’est rendue à une conférence organisée par l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI). Elle a pu découvrir les résultats d’une étude sur l’avenir du système alimentaire européen.

Une étude qui vient alimenter le débat sur l’avenir de l’agriculture en Europe

La généralisation de l’adoption d’une agriculture agroécologique est trop souvent écartée des débats. L’argument principal étant la baisse de rendements qu’elle peut engendrer. À travers le projet TYFA (Ten Years For Agroecology in Europe), l’IDDRI est donc parti des besoins alimentaires effectifs des européens en 2050 pour construire leur scénario futur. Celui-ci montre que l’agroécologie garantira une production agricole suffisante tout en préservant la biodiversité et en réduisant l’impact de l’agriculture sur le climat, avec une baisse de 40% des émissions gaz à effets de serre.

Les conditions d’une Europe agroécologique

Une alimentation durable

L’alimentation des européens est actuellement trop riche en produits animaux et trop pauvre en fruits, légumes et fibres, en comparaison des recommandations nutritionnelles de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires en sont la conséquence. L’étude démontre qu’il est possible de réorganiser la production agricole pour qu’elle réponde aux besoins des européens en une alimentation saine, conforme aux recommandations. Il est à noter que le mode d'alimentation envisagé conserve les habitudes alimentaires culturelles (consommation de viande et de vin).

L’abandon des pesticides et fertilisants de synthèse

Les effets des pesticides sur l’environnement et la santé ne sont pas toujours bien connus. En appliquant le principe de précaution, l’IDDRI envisage une agriculture excluant leur utilisation en s’inspirant de l’agriculture biologique. L’abandon des fertilisants de synthèse est en particulier rendue possible par l’extensification de l’élevage herbivore (durée de vie plus longue des animaux et augmentation de la part d’herbe dans leur alimentation). Dans ce cas, les seules sources d’azote sont les fumures issues des déjections animales et la fixation naturelle d’azote dans le sol par des plantes appelées légumineuses dans les prairies.

La restauration des prairies naturelles et des infrastructures agroécologiques

Tout en participant directement à la fertilité des sols, les prairies naturelles ont aussi un rôle dans la reconquête de la biodiversité. En effet, ces environnements stables dans le temps sont des lieux de reproduction et d’habitat, et fournissent en nourriture un grand nombre d’espèces.

La spécialisation des exploitations et territoires agricoles a entraîné une perte de biodiversité et des services qu'elle rend (pollinisation, régulation du climat local par effet brise vent, qualité de l’eau, qualité du paysage etc.). Pour les reconquérir, l’étude montre qu’il est nécessaire de diversifier les paysages au travers d’infrastructures agroécologiques (haies, arbres, mares, habitats pierreux) qui ont également un rôle de connexion des espaces.

Une agriculture qui continue d’exporter tout en assurant la sécurité alimentaire

Le scénario développé dans l’étude permet d’envisager des exportations moins importantes en volumes, mais de meilleure qualité. Ces exportations concernent les produits laitiers et le vin. La constitution d’un excédent de céréales est également rendue possible par la libération de surfaces jusque-là réservées à l’élevage de granivores (ex : volailles).

De nécessaires changement politiques et économiques

D’après l’IDDRI, il est donc techniquement possible de généraliser l’adoption de pratiques agroécologiques en assurant l’avenir du système alimentaire de l’Europe. Il reste à étudier les conditions politiques, économiques et sociales pour définir comment conduire au mieux ces changements dans les dix ans à venir.

Un représentant de l’IPSES Food (panel européen d’experts sur l’alimentation) était invité à débattre des résultats de cette étude. Il a présenté des actions actuellement en cours pour pousser la Commission Européenne à construire une politique alimentaire commune. Ceci permettrait de mettre en cohérence les politiques agricoles, environnementales, sanitaires, etc.

 

De son côté, Noé est engagée pour l’adoption de pratiques agroécologiques au travers de son programme « Biodiversité et Agriculture ». Elle s’efforce notamment à ce que les différents acteurs des filières agricoles (agriculteurs, industriels, distributeurs, consommateurs) travaillent ensemble dans ce sens. Ses programmes « Agir ensemble pour les pollinisateurs sauvages » et « Prairies de Noé » déploient aussi des actions dans le but de reconquérir et restaurer la biodiversité des écosystèmes agricoles.

 

Vous pouvez trouver l’intégralité de l’étude à l’adresse suivante : https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/etude/une-europe-agroecologique-en-2050-une-agriculture