Retour aux actualités

1 espèce sur 8 en sursis, et l’Homme en fait partie

07 mai 2019

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », déclarait Jacques Chirac en 1992. Il y a 17 ans déjà, le Président de la République soulignait l’indifférence la plus totale dans laquelle la nature était sacrifiée sur l’autel de la croissance.

Depuis, bien d’autres ont pris le relais pour continuer de nous alerter. Scientifiques, écrivains, acteurs, personnalités diverses, tous convaincus que notre avenir ne tient qu’à un fil et que notre génération sera la dernière à pouvoir encore agir pour préserver enfin cette biodiversité dont nous dépendons tous.

A son tour, l’IPBES, « GIEC de la biodiversité », appelle aujourd’hui à l’action à travers un rapport d’une ampleur inédite sur l’état mondial de la nature. 

Les chiffres sont effarants, au point qu’il devient difficile pour l’être humain d’en prendre réellement la mesure : d’ici quelques décennies c’est 1 espèce sur 8 qui aura disparu.

La communauté internationale s’était fixée à travers les « objectifs d’Aïchi » de parvenir à arrêter l’effondrement du vivant d’ici 2020. Sans surprise, ces objectifs ne seront pas atteints.

Nous pourrions continuer d’énumérer les chiffres, tous plus alarmants les uns que les autres, mais le constat est connu de tous. Il faut désormais comprendre que ce n’est pas un problème qui se limite seulement à la nature, dont nous parlons comme si elle était une entité distincte de nous-même. Cette évaluation le dit clairement, la perte de biodiversité empêchera d’atteindre 80% des Objectifs de développement durable (ODD), dans des domaines aussi variés que la pauvreté, la faim, la santé, l’eau et le climat.

Alimentation, énergie, santé : ces biens et services que la nature nous rend gratuitement ne seront bientôt plus disponibles, et la plupart sont irremplaçables ! Or ce sont plus de 2 milliards de personnes qui dépendent du bois pour l'énergie, 4 milliards qui utilisent une médecine naturelle et 75% de nos cultures qui ont besoin d'être pollinisées par des insectes. On ne parle pas là de préserver des grandes espèces animales emblématiques - même si leur sauvegarde est également une évidence - il est question de sauvegarder des insectes, des micro-organismes, des oiseaux communs, aussi essentiels à notre survie qu’ils sont invisibles à nos yeux.

Il y a tout de même une bonne nouvelle dans ce rapport. Si la réponse actuelle de nos sociétés à la crise de la biodiversité est de toute évidence insuffisante, il n’est pas trop tard pour inverser la tendance, à condition de s’y mettre maintenant. Les centaines d’experts qui ont réalisé ce rapport appellent à un changement radical de nos modes de vie, qui suppose de changer notre manière de voir le monde, nos valeurs et nos objectifs, et ce dans tous les domaines de la vie et pour tous les acteurs.  Lucide, l’IPBES s’attend à rencontrer une très forte résistance de la part de ceux qui ont un intérêt direct au status quo– et nous connaissons la force de ces lobbies.

Ce rapport pose les bases académiques qui doivent guider à l’avenir toute prise de décision, au premier rang desquelles les décisions politiques visant à enrayer la chute de la biodiversité. Nous avons donc de grandes attentes pour la 15econférence des parties de la Convention sur la Diversité Biologique qui réunira les décideurs politiques internationaux en novembre 2020 en Chine. Des engagements fermes devront y être pris : abandon des pesticides, transition vers l’agroécologie, arrêt de l’artificialisation des sols, changements radicaux de nos modes de consommation - tous ces sujets devront être traités si l’on veut enrayer ce déclin.

L’avenir de l’humanité dépend de notre capacité à prendre conscience que rien ne viendra remplacer cette « biodiversité ordinaire » dont nous dépendons. Si elle disparait, nous disparaissons. La préserver n’est pas une option mais une nécessité.