La nuit, un monde fabuleux

La nuit, c’est le cosmos, une ambiance, des espèces que l’on ne voit pas toujours, des mythes, des rêves… C’est aussi un formidable monde vivant et actif, encore plus que ne l’est le jour. L’obscurité abrite en effet une vitalité remarquable et nombre d’espèces fourmillent dans le noir !

©JPHamon-sphinx de la vigne


On pourrait penser que la nature dort la nuit, mais c’est tout le contraire ! Les espèces nocturnes, tout comme les espèces diurnes, participent pleinement à l’équilibre des écosystèmes. De nombreux insectes nocturnes sont ainsi essentiels pour la pollinisation des plantes à fleurs. Par exemple, il existe en France moins de 300 espèces de papillons « de jour » contre environ 5000 espèces actives la nuit, soit 20 fois plus !

Des réponses contrastées

 

@Stephane-Vitzthum-luciole

La lumière et ses cycles journaliers ou saisonniers ont conditionné l’apparition, chez les organismes vivants, de systèmes visuels et de photorécepteurs, ainsi que d’horloges biologiques conduisant à une certaine représentation spatiale et temporelle de leur environnement. Modifier ces cycles naturels, par un ajout de lumière artificielle, altère donc leur perception innée du milieu naturel.

La lumière artificielle modifie notamment le sens de l’orientation de certaines espèces. La réponse à la lumière peut être attractive, comme chez certains insectes nocturnes et oiseaux migrateurs, ou répulsive, comme chez les mammifères nocturnes et notamment certaines espèces de chauve-souris. À ce propos, il est étonnant de constater que la Pipistrelle commune, espèce à vol rapide très caractéristique de nos villes, profite de la manne de nourriture que constituent les insectes agglutinés autour des lampadaires.

A contrario, le Grand rhinolophe, qui peuple les combles des vieux édifices, est lucifuge, c’est-à-dire qu’il fuit systématiquement la lumière et évite tout déplacement croisant des continuités lumineuses. La lumière artificielle perturberait aussi la communication entre individus, notamment en période de reproduction. Ainsi, chez les amphibiens, les fortes illuminations peuvent inhiber les chants nuptiaux. De même, en présence d’éclairage artificiel, il arrive que les individus se montrent moins sélectifs quant au choix de leur partenaire afin d’accélérer la vitesse d’accouplement et limiter le risque de prédation. Or, le succès d’une reproduction passe, entre autres, par la sélection du partenaire.

Il paraît donc aisé de conclure que la lumière artificielle a un impact sur la biodiversité.

Cependant, évaluer cet impact s’avère souvent délicat. Des messages contradictoires subsistent et beaucoup de questions demeurent en suspens lorsqu’on souhaite l’étudier à l’échelle d’un taxon ou même d’une espèce.

L’enquête Insectes & Ciel étoilé, fascinante et pédagogique !

 

De façon à mobiliser les citoyens, pour qu’ils adhèrent aux évolutions de l’éclairage menées par les collectivités dans le cadre de la Charte de l’Eclairage durable, et compléter les connaissances des impacts des nuisances lumineuses sur la biodiversité, Noé a lancé au printemps 2014 l’enquête participative « Insectes & Ciel étoilé », en partenariat avec l’Association Française d’Astronomie et le Muséum national d’Histoire naturelle. Cette opération met en exergue le lien entre pollution lumineuse et état de santé de la biodiversité à partir de l’observation des constellations du ciel et des insectes. C’est la première enquête de sciences participatives dotée d’un protocole double alliant observation des étoiles et biodiversité. Ouverte à tous, elle ne nécessite ni matériel compliqué, ni compétences préalables en astronomie ou en entomologie.

Elle est fondamentale pour appuyer la recherche scientifique.

Conscients du fort intérêt manifesté, en particulier par les structures organisant des animations (plusieurs entités mobilisées en 2014 : clubs astro, PNR, CPIE, graines régionaux, etc.), Noé et ses partenaires mobilisent ces acteurs en 2015, pour encourager le plus grand nombre d'animations.

©Joel-heras-biosphoto

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